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La chronique d’Henry

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otoulousecon
Baby Pipelette


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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mar 6 Mai - 23:00

C'est magnifique!
Je suis vraiment heureux d'avoir découvert votre forum et je me régalle de vous lire!
Vraiment bravo!
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ml33
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mer 7 Mai - 21:19

merci .......nous ici l'on rit bien !! c'est le but de ce forum !
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Hugo32
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mer 14 Mai - 10:03

Jeudi 8 mai 08

Cette Nationale de Bordeaux dévalorisée par l'autoroute ne manque pas de charme à condition d'avoir envie de prendre son temps : brocante sur le terrain de rugby de Colayrac, cérémonie du 8 mai à St-Hilaire de Lusignan, yeux relevés vers le Tupé de Clermont-Dessous, souvenirs de Marie de Médicis et de la Reine Margot à Port-Ste-Marie, étrange allégorie de la République - un beau maul - à Aiguillon, le château des miliciens à Tonneins, les "pommes d'amour" de Marmande, la légende de Bazella décapitée - elle aussi - à Ste-Bazeille... Sur la voie, un peu partout, des traces de Richard Coeur de Lion, Simon de Monfort et Henri IV. Crochet à droite, direction les Côtes du Marmandais, Beaupuy et son étonnante équipe de basket, notre Valence du Lot-et-Garonne. Les vergers cèdent la place aux vignes. Si j'ai beaucoup apprécié - je n'en ai jamais autant bu - les vins d'ici, j'ai complètement mésestimé la puissance de nos marchands dans ce département. C'est vrai que je suis un Gersois de l'Est, élevage et céréales, et je n'ai pas vu venir la "conspiration de la vigne et du vin". Pourtant un ami très fidèle, invité dans une fête bachique peu après le début de la saison..., m'avait averti du complot déjà en préparation.

"Duras, c'est le plus beau coin du Lot-et-Garonne," dira l'hôtesse lors de mes premiers pas sur son domaine ; sincèrement, je n'ai eu aucune envie de la contredire parce que je ne suis pas loin de penser qu'elle a raison même si Monflanquin, Gavaudun, Nérac, Tournon, Penne, Vianne, le Pech de Berre, le canal, etc... etc... pardon pour les oubliés et pour ceux que je ne connais pas encore... Arrêt sur le promontoire qui domine le Dropt, regard sur le petit stade où nous avions accompli, en début de saison, au temps des espoirs fous, un entraînement décentralisé, admiration devant le superbe château aux six tours circulaires... Du Guesclin l'a ravi aux Anglais. Je cherche ma route vers St-Astier où les villageois commémorent, eux aussi, l'armistice. Un petit chemin blanc, caillouteux, quelques trous, barrière et volets bleus. Dans la mer verte des vignes, je songe aux contrevents azur de l'Ile de Groix : "A Groix, chacun voit sa croix"... "Au début, mon voisin n'appréciait guère cette couleur. Depuis, il s'est habitué et on s'entend très bien". Je n'ose pas lui dire par peur de passer pour un flatteur mais j'aime les volets bleus !

Ils sont là, pour la 3e fois face à face ; un journal les a comparés l'un au chat, l'autre à la souris ; un autre quotidien, le premier au renard, le second au hérisson. Pour les manichéens, c'est un remake de l'ange blanc et du diable rouge, chacun jouant alternativement, selon les humeurs de Garonne, des rôles diamétralement opposés. Pour les fielleux, dans la triste parade 2008 du grand cirque SUA, le premier interprète le rôle de Monsieur Loyal et le second celui d'un vieux clown aux godasses bien trop larges pour lui.

Il y a maintenant un an qu'ils se côtoient : lui, l' "étranger " de Paris, le premier Président du SUA qui ne soit pas du sérail, c'est-à-dire d'Agen, et l'autre, l'exilé du Gers, Garonne traversée à grands coups de seaux d'eau trouble et saumâtre avalés comme autant de litres d'huile de ricin.

Le vin est bon : on ne peut être méchant quand on produit un tel breuvage. François 1er aimait le Duras et on m'a raconté que les grands rois d'Europe l'appréciaient également. Des saveurs de réglisse et de fruits secs. Les aiguillettes et le magret, même s'ils ne sont pas du Gers, proviennent de l'élevage de canards de la ferme d'en face et les pommes sont de Ste-Bazeille.

Auparavant il lui a montré son jardin secret : le bassin où le black-bass fait la loi et où les roseaux bataillent, le parc sur lequel le Akita-Inu, le "chien des samouraïs" veille, les carrés de fraises, de groseilles, de salades, les lignes de vigne impeccables, le jardin d'un Parisien ataviquement amoureux de la terre.

Par crainte des ondées légères de mai, la cuisine d'hiver les a accueillis. Dans l'âtre, le feu des sarments, et sur la table, la chaleur du vin rouge libèrent les inhibitions... 4 heures à ne parler que du rugby, du SUA et d'Agen, franchement, librement, yeux dans les yeux, rencontre sans doute ( ?) trop tardive mais qui aura eu au moins le mérite d'exister entre l'homme proche du CAC 40, entreprise cotée en bourse de New York et de Paris, informatique à tout berzingue, aujourd'hui en short et savates, et l'anti-mondialisation, anti-capitaliste, anti-net, en costume et chemise, presque en cravate. Sacré rugby !

La femme et la fille écoutent attentives, presque toujours silencieuses mais à chacune de leurs interventions on comprend qu'elles connaissent bien Armandie, bien mieux que lui, trop isolé dans sa tour d'ivoire, au milieu de sa garde prétorienne. Elles, elles suivent le match dans les tribunes, s'imprègnent des joies et des peines des supporters, entendent les commentaires, recueillent les jugements sur les joueurs, l'entraîneur... le Président !

Ces deux étrangers dans la ville ont donc combattu isolément, chacun de leur coté, pour rendre leur fierté à des Agenais traumatisés par la descente dans "l'enfer" de la D2 après un siècle de prestige, de titres, d'internationaux, de présidents nationaux, de records de sélection, de capitaines du XV de France, de suzeraineté sur le rugby Français. Aux antipodes l'un de l'autre, socialement, culturellement, politiquement, et même physiquement, il a fallu une crise un peu plus importante que les exclus de novembre, que les frasques de Rups, que le crachat et les expulsions de Mars pour se réunir pendant 4 heures de rang .Trop tard ?

"Le vin est tiré, il faut le boire..., même s'il est bon," m'a dit le Toulonnais.
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Eric
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mer 14 Mai - 11:10

reste à savoir le résultat de l'entrevue Wink
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Hugo32
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Dim 18 Mai - 17:57

Samedi 10 mai

50' d'un SUA jamais si proche de la perfection à cause d'un système de jeu enfin assimilé, d'une convergence dans les objectifs, d'un mental à l'unisson ou bien en raison d'un La Rochelle usé par des combats renouvelés, assommé par une défaite dans ce Marcel-Deflandre qu'on voulait inexpugnable ?... Où est la vérité ? Quelque part entre les deux opinions mais pas vraiment seulement dans un camp ! Dans celui des Huguenots, j'ai retrouvé avec plaisir deux joueurs que j'avais voulu faire venir à Auch les étés antérieurs, et curieux clin d'oeil, ce sont eux qui ont marqué les essais visiteurs. J'ai découvert Camille Levast lors de l'ouverture de la Pro D2, en septembre 2001, sur le terrain jusqu'alors inconnu d'Aubenas. Pas facile de s'imposer à l'époque, dans cette impasse de l'Ardèche. Nous l'avions fait bien difficilement et j'avais remarqué ce seconde ligne impeccable dans l'alignement. Sollicité régulièrement, ce Grenoblois d'origine a préféré les vagues de l'océan à celles de mes coteaux. Florian Ninard n'aurait jamais dû quitter le Gers : fils de la Save, fils d'un de mes joueurs de la campagne glorieuse de 81, ce sont ses études qui l'ont conduit je crois à Bordeaux, comme si la brillante université de Toulouse ne pouvait pas l'accueillir. Je me souviens d'un entretien dans la tribune marathon du Moulias : notre rivière ne devait pas compter suffisamment de diamants et le café de chez Merlin devait être meilleur que les tisanes de Bernard Laffitte. Depuis, c'est toujours avec plaisir que nous nous rencontrons et que nous échangeons, même - surtout ! - sur le terrain. Alors que nous tenions le bonus offensif, une de ses courses solitaires va détruire nos espérances à 5 points. En revenant dans son camp, il n'oubliera pas de m'adresser un clin d'oeil amical.

Dimanche 11 mai

Le toucher du dimanche a le grand honneur d'accueillir l'ex-toubib de l'équipe de France devenu adjoint de la mairie d'Agen lors des dernières élections et responsable des affaires sportives de la ville. Nos divergences politiques ne nous empêcheront pas d'évoluer ce matin dans le même camp et de nous faire plusieurs passes. La légende rapporte que du côté de Narbonne, le RPR Spanghero et le communiste Quilis ne se faisaient aucun cadeau, à Cassayet, bien qu'évoluant tous deux sous la tunique orange. Où est la vérité ?

Arrivée à Sauclières pour le quart de finale des Crabos.

1986 : le LSC vient rendre visite à la fabuleuse ASB. Score 30 à 3 pour les champions. Nous nous étions battus vaillamment et nous avions quitté le stade, la tête haute malgré l'ampleur de l'échec : Barbaria et Stigliani opéraient en seconde ligne ; le plus grand des deux mesurait 1,80 m !

Aujourd'hui, nos jeunes, invaincus depuis le début de la saison affrontent Toulon. En lever de rideau, les cadets varois, en demi-finale de leur championnat, affrontent leurs homologues du Stade toulousain. Match de qualité bien sûr mais dans les tribunes, vindictes après vindictes, parents exacerbés contre parents surexcités, quolibets sur quolibets, une bagarre éclate entre supporters, les femmes - les mères ? - n'hésitant pas à brandir les premières les drapeaux imbéciles de la haine : rouges et noirs contre rouges et noirs. En rentrant ce soir, j'apprends qu'un arbitre de football a été frappé sur un terrain du Lot-et-Garonne. Quinze jours auparavant, c'était un arbitre de rugby qui avait subi le même sort aux portes d'Agen.

Menés 18 à 6 - 4 drops pour les enfants de Mourad ! Nos bleus et blancs, grâce au coaching, reviennent au score et passent même devant 21-18 : plus que 40 secondes et c'est la fin. Pénalité aux 45 mètres en coin pour nos protégés ; le jeune ouvreur décide de la tenter. L'ovale tombe, à côté des poteaux, sur la ligne de but. Réception du n°8 qui cherche et trouve son 11 : celui-là, si Boudjellal veut me le prêter, je le prends demain ; course jusqu'aux 50 mètres ; ruck, 9 vers 10 ; ce 10, fils d'un excellent ouvreur - carrière niçoise - adresse une longue diagonale sur le 14, deux autres passes efficaces et essai magnifique pour les uns, dramatique pour les autres. Coup de sifflet final : pilou-pilou chez les vainqueurs, sanglots chez les notres. Nos supporters venus nombreux rangent avec un peu de dépit les tambours et les banderoles. Tristesse dans les vestiaires des vaincus. A l'exception du Président de l'Association, j'ai cherché vainement un dirigeant de mon club du côté de Béziers ! Et on veut me faire croire que la formation les intéresse !

Lundi 12 mai

3 heures de discussion, à 3 puis à 4, de 10 heures à 13 heures. Epuisé, je ferme le portable toute l'après-midi. A l'ouverture, j'apprends que le fils d'une amie est dans une clinique bordelaise pour subir une opération chirurgicale en raison d'un éclatement du plancher orbital, suite à un coup de poing donné lors d'une rencontre d'un challenge quasi-amical juniors.

Au Pech de Berre, un éboulement empêche l'accès aux voitures. Tant mieux, le sentier qui serpente jusqu'à la croix est plus agréable : c'est sur cette voie que la vue sur le Confluent est la plus belle ! L'orage se prépare du côté de Tonneins. Il parait que c'est au Pech qu'il se décide pour remonter, soit la vallée du Lot, soit celle de la Garonne.

Mardi 13 mai

"Le Petit Bleu" et ses lecteurs sont face à Jean Dionis du Séjour, Député, Maire et Président de la communauté d'agglomération. Premier sujet d'inquiétude : les impôts... deuxième : le SUA ! Après, viennent l'éducation, la circulation, les cités, etc. Et moi qui me plaignais qu'à Auch, le rugby n'était pas - à mon époque - suffisamment pris en considération par la municipalité, maintenant je suis surpris qu'il le soit trop ici !

Nous avons laissé Pentecôte à Vic-fezensac pour nos joueurs : un entraîneur gersois ne pouvait les empêcher de se rendre dans notre lieu de culte festif. Normal que la reprise soit poussive et que les ballons n'atteignent pas souvent les cibles.

Mercredi 15 mai

J'ai reçu, hier, une invitation à déjeuner tout à fait inattendue de la part de Paul Chollet, ancien maire d'Agen et ex député de Lot-et-Garonne. Il s'est voulu accompagné par Pierre Gardeil, garantie de "gersitude", amoureux, bien que natif d'Astaffort, de Lectoure, la cité dans laquelle, professeur de philosophie, puis directeur d'établissement, il a accompli toute sa carrière d'enseignant. Les deux sont des membres éminents de cette fameuse Académie du SUA au même titre que Pierre Lacroix, Béatrice Uria-Monzon, Guy St-Martin –celui-ci m'a adressé une bien belle carte lors de mon éviction – Francis Cabrel, Philippe Sella - déjà un stade à son nom... à Bordeaux ! – etc. Là aussi, politiquement, socialement, religieusement, nous sommes dans des camps fortement opposés mais ils aiment tant le SUA que je ne peux qu'être bien auprès d'eux. Le menu Drop, le vin de Duras - Paul est natif de là-bas et son père était vigneron même si à l'origine, la famille est vendéenne - un pain excellent - Pierre G. est un des cinq fils du boulanger d'Astaffort - la cuisine de Michel Dussau, nous rapprochent en cassant les inhibitions et les a priori. Nous avons beaucoup parlé du rugby mais aussi du temps passé, des corvées paysannes, de Puig-Aubert et de Caucau, d'Occitanie, de solidarité, de pédiatrie, de gérontologie, d'ATR, de SUA... Notre sujet de conversation a glissé, un moment sur l'immigration italienne d'avant et après la guerre. Pierre raconte la misère de ces nouveaux arrivants : "Je les ai vus boire l'eau de la rigole, à Astaffort..." Paul relate leur intégration par le travail mais aussi par le rugby : "nos packs des équipes du Lot-et-Garonne étaient composés en majorité par eux..." De mon côté, je revois Maria, la petite fille des métayers du château, un premier amour. Mes copains jaloux de notre amitié me disaient : "Maria, elle n'a pas de culotte !" Je n'ai jamais vérifié, nous avions 6 ans : déjà trop petit, la noyade dans le bleu de ses yeux et le privilège d'être le seul à lui tenir la main en gravissant la vieille cote de l'école suffisaient à mon bonheur.

Je n'ai pas vu le temps passer et curieusement, l'entraînement de l'après-midi m'a vu arriver plein d'une énergie que ces deux hommes plus âgés que moi - 80 et 77 ans - avaient su me transmettre.

En partant, Pierre m'a donné son dernier ouvrage : "Le feu sans lieu" chez Kephas. Ce soir, je n'ai pu m'endormir qu'après l'avoir lu jusqu'au bout. Toujours ces histoires de camp : dans celui du mien, tout est bon, dans celui de l'autre, même si c'est bon, on ne veut pas reconnaître... Une écriture exceptionnelle, si exceptionnelle qu'elle vous donne des complexes et les très belles histoires, émouvantes, dramatiques, traumatisantes de cet oncle fusillé pendant l'épuration pour activités miliciennes et celle de ce jeune frère aîné brûlé à Buchenwald après avoir été déporté pour ses activités dans la Résistance : le même patronyme, le même sang, la même issue fatale dans les deux camps. Je sais aussi maintenant qu'après avoir franchi Lectoure, avant de ralentir dans Ste-Mère, je jetterai un coup d'oeil sur ma droite, vers le château et l'église des Plieux.
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Hugo32
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mer 28 Mai - 12:47

Dimanche 18 mai

Retour long mais joyeux de Paris : la victoire acquise après un drop manqué de justesse par le jeune Wisnieski – Gaillac, Stade Toulousain, Aix en Provence, Colomiers – petit fils du vaillant "Cassou", ressoude encore davantage le groupe. Reviendrons-nous dans la capitale le 15 juin ? Ce serait bon signe car cela signifierait que nous serions qualifiés. Départ pour Périgueux pour assister au quart de finale retour du Jean Prat. En chemin, arrêt dans la petite ville de Vergt réputée capitale de la fraise et c'est justement la fête de la fraise dans cette belle cité de Dordogne. Ambiance sympathique, gâteau géant sous la halle, brocante, flânerie : j'en oublie presque le match à venir. Beaucoup de monde dans le stade et la préfecture : de l'engouement chez les Périgourdins mais les Valenciens ne sont pas en reste. Sur les bancs respectifs, deux gloires du SUA : Thierry Labrousse d'un côté et Philippe Mothe de l'autre. Un voisin me glisse : "Si vous les aviez dans votre effectif !". Je revois le 1er à Paul Vignaux avec les juniors du CAP, match nul à la clef, en 1990 ( ?). On devinait le formidable joueur qu'il allait devenir à Armandie. Quant au second, c'est avec fierté que je rappelle qu'il a été formé dans le Gers, à Condom. Ses longues chevauchées ont laissé des traces indélébiles dans les mémoires agenaises. Côté jeu, la pluie gêne les participants et plus particulièrement les Tarn-et-Garonnais dominés au niveau du pack par des locaux plus lourds, par exemple l'ancien pilier tarbais Mohammed Gonasmia et le buteur Cyril Durouaix. Encore un ancien du SUA – traduit cette supériorité. Chez les battus, j'apprécie beaucoup la vertu animatrice de Guillaume Dulay, encore un produit de l'école riscloise, ancien élève du lycée du Garros à Auch.

Deux heures pour revenir dans la capitale du Lot-et-Garonne ; bien sûr, il pleut encore ; je suis sur qu'il fait beau à Auch !

Lundi 19 mai

Dans l'après-midi, long coup de fil de mon remplaçant ? Collègue ? Adjoint ? ? Christian Lanta. Il connaît le métier, ses exigences, ses frustrations et ses….joies. Conversation à bâtons rompus sur l'effectif actuel, les recrues éventuelles, l'ambiance du club, etc… Nous nous connaissons relativement peu mais chacune de nos rencontres, plus ou moins éloignées des bancs de touche, se sont déroulées respectueusement. Une connaissance commune, assez proche de nous deux, à qui je rapporte l'entretien, sourit et lâche : "Estime réciproque certes mais je veux voir ces deux crocodiles dans le même marigot !"

Mardi 20 mai

Mon salaire continue d'être largement commenté. Après G.L dans M.O, c'est autour de T.D dans S.O de s'attaquer à la question. Les chiffres revus à la baisse semblent avoir définitivement découragé ma voisine. Le soir, elle est accompagnée par un sculptural "black", sosie de Dave Vainqueur, quelques kilos et quelques années en moins. Je suis d'autant plus découragé qu'il est propriétaire d'un magnifique vélo de course auprès duquel mon vulgaire VTT ne peut soutenir la comparaison. En rentrant vers minuit, je découvre la bicyclette sur notre palier. Une forte envie d'en crever une roue me vient à l'esprit mais par crainte de représailles je n'ose pas accomplir mon projet. Il ne me reste plus qu'à prier pour que B.C dans le "Petit Bleu" donne une estimation supérieure à celle de ses collègues. Je vous garantis que ma voisine est la plus belle femme d'Agen !

Mercredi 21 mai

Coup de fil de ma progéniture, l'entraîneur du F.C Auch Gers. Je croyais qu'il allait me raconter comment, je pense, à son instigation, son soigneur avait transformé l'entorse de Nicolas Bonkinck en saignement ! C'est vrai qu'enfant, il avait appris auprès de son père, entraîneur du LSC, que tout – presque tout- était bon pour gagner un match, surtout quand on rencontrait d'ailleurs le FCA. Nous légitimions nos actes sous couvert de lutte des classes : les "pauvres" pouvaient inonder le terrain, simuler les mêlées, menacer les arbitres, encombrer les vestiaires adverses, séquestrer le buteur visiteur, et bien sur "éosiner" les blessés ; j'exagère à peine ! Non, il me prévient que je serai grand père pour la seconde fois ! Belle joie et petite remarque:" Mais Lény vient de naître !" Réponse en forme de tacle : "Bientôt 2 ans !" Légère gène et interrogation : ne serai-je pas meilleur papy que papa ?

Jeudi 22 mai

Je n'oublie pas de fêter l'anniversaire de mon fils. Quel progrès ! Me sentirais-je coupable ?

Longue entrevue avec mon Président en présence du responsable de l'association : 90 minutes d'une discussion toujours aussi courtoise mais toujours aussi professionnelle. Pendant toute la semaine autour de leur responsable des sports Didier Comby, les militaires du 48ème régiment d'infanterie ont investi Armandie. Chaque jour, ils ont initié au rugby des élèves des différents établissements de la ville, organisé des tournois entre les écoles de rugby de l'agglomération, fait participer jeunes et anciens à des matchs de Beach rugby, le tout dans une ambiance bon enfant, sans prise de tête mais dans le cadre d'une organisation impeccable…militaire.

Le soir, c'est le Tournoi des anciens. Le dimanche matin a composé 2 équipes ; j'ai abandonné mes amis car je crains le sable et le flag mais surtout, j'avais envie de retrouver le Gers. Ce soir, la vieille dame a quitté la TV du Touette pour le théâtre de Mirande où Michel Galabru est tête d'affiche de la pièce « Monsieur Amédée ». Demain, elle me confiera : "Nous étions un peu loin et nous n'entendions pas très bien mais il a très bien joué et la salle était pleine". Si Galabru, à 84 ans, continue d'occuper les premiers rôles, vous allez devoir me supporter encore longtemps sur les bancs de touche. Les vieux ont les os durs dans ce siècle.

Vendredi 23 mai

Le Tribunal de grande instance d'Agen et une foule plus importante que d'habitude. Madame la Juge a un physique agréable et un sourire en adéquation, des yeux qui clignotent et des sourcils qui alternent détente et froncements ; il faut toujours se méfier des gens qui paraissent trop sympathiques et sans doute surtout quand ils sont juges. Les questions bien menées, parfois énigmatiques, souvent indirectes, cherchent à perturber mon talonneur. Une soirée d'après défaite –contre le Racing en plus- des mots qu'un vrai rugbyman n'aurait jamais dû prononcer à l'égard d'un joueur humilié par l'échec de l'après-midi. Plus jeune, j'ai connu ça et parce que, plusieurs fois, je me suis mal conduit dans de semblables situations, j'ai tenu à accompagner mon joueur d'autant que je me sens aussi coupable que lui car ma préparation d'avant match n'a pas été tendre et je suis redevable auprès de lui. Son adversaire de la nuit est un solide gaillard. Il parait que, depuis un mois, les deux hommes sont inscrits dans la même salle de musculation et poussent les barres, côte à côte, sans s'adresser la parole. L'avocat de D.N est une vedette du barreau agenais, dans la lignée des grands du barreau dont Frédéric Pottecher baignait mon enfance. Pendant le temps d'une mi-temps de rugby, sans une note, il va réaliser une plaidoirie dantesque jouant avec les heures, les SMS, les bars, les verres, les certificats médicaux, les tricots, les provocs, les esquives, les coups…Mr E. M connaît parfaitement le monde du rugby, les deux premières mi-temps et les explosions de la troisième. Je n'excuse pas mon numéro 2 mais je le comprends. Je crois que cette affaire aurait pu se régler sans parvenir devant un tribunal. Je suis toujours soulagé : D.N pourra jouer demain. Il le fera très bien.

Samedi 24 mai

Retrouvailles avec Bernard Viviès, l'entraîneur des lignes arrières de l'équipe de France 2007. C'est moi qui ai eu la chance de l'avoir comme élève au lycée de Muret en 1969, tout comme un autre grand ouvreur Guy Laporte. Ils faisaient partie de cette colonie de Rieumois qui peuplait l'établissement scolaire de la sous-préfecture de la Haute-Garonne. Des fous de rugby qui profitaient de chaque récréation pour raconter le dernier match et préparer le futur. Je donnais un coup de main au professeur d'EPS – un ancien ailier de l'Etoile Gimontoise – pour entraîner l'équipe du lycée. Buteur à l'époque du Toulouse Université Club, je nourrissais un complexe d'infériorité par rapport à la longueur et à la précision des pieds de mes deux élèves et chaque fois qu'il me proposait un concours de tirs je prétextais une cuisse douloureuse pour m'abstenir. Dans notre discussion, je sens chez Bernard, un profond amour pour le SUA ; il a passé dix saisons ici, un titre gagné, un titre perdu sur ce tir au but manqué qu'il garde comme une blessure incicatrisable. Son frère Christian nous rejoint : 8 saisons à Armandie, un titre aussi, un retour à 28 ans au pays natal, Rieumes, pour affronter parfois brillamment un LSC que je dirigeais. Nous étions deux ennemis irréconciliables à l'époque : lui adepte du jeu à tout va et de cavalerie légère et moi, déjà, toujours, d'un pack de panzers. Bien sûr, il me rappelle ce match de play-down disputé à Samatan, dans le plus sec des mois de mai, où les attaquants, chaussés de moulés avaient trouvé un terrain transformé en marécage par nos pompiers priés de s'entraîner sur notre pelouse ! Nous passons des moments de fou rire. Bernard, un instant sérieux : "Toi, ici, quand j'ai su que tu venais, j'ai dit : …une question de culture."

Cinq essais contre Tarbes et une bonne alternance avants- ¾. Il faudra être plus constant devant Grenoble. Le toubib et un dirigeant du TPR, dans le couloir des vestiaires, me rejoignent : "Téléphone à Pierre, il va mal… " Notre Pierre, notre chêne de l'USAM, notre ange protecteur. Que les copains de l'époque se joignent à moi pour lui rendre hommage.

Ainsi donc le FCAG a tombé le Stade Français. Cette victoire à l'arraché, à la gersoise, m'inonde de joie. Mon peuple doit être fier ce soir ; il peut l'être. La cathédrale, la haute ville, D'Artagnan doivent resplendir. De mon côté, une pointe d'amertume : les Auscitains ont su gagner ce match qu'ils n'avaient besoin de remporter que pour l'Honneur. Il y a un an, jour pour jour, les Agenais, devant le même adversaire, n'avaient pas su se transcender suffisamment alors que leur place en TOP 14 était en jeu ! Je préfère quitter la salle de réception pour éviter toute remarque désobligeante…

Dimanche 27 mai

Invitation du Maire de Lacapelle-Biron –également médecin du SUA- pour la cérémonie commémorative de l'agression commise par des unités de la Das Reich, le 21 mai 1944. Encerclement de la bourgade, rassemblement immédiat sur la place de tous les hommes entre 16 et 60 ans ; 47 hommes de la commune, rejoints par une soixantaine d'autres raflés dans les villages voisins seront envoyés en Allemagne. La moitié n'en reviendra pas. Repas au milieu des associations de résistants, de déportés, d'enfants de déportés, etc.… Cérémonie sous une pluie diluvienne et retour difficile à cause des routes inondées. Malgré tout, j'ai passé une excellente journée à écouter récits et témoignages.
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Hugo32
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mar 10 Juin - 7:36

Mercredi 28 mai

Après midi classique sur Armandie: vidéo à 16h, entraînement à 17 h. Les supporters les plus fidèles sont là comme d'habitude: ceux-là n'ont jamais lâché l'équipe même au plus creux des pires mauvais jours de l'hiver. Jacky vient de Monflanquin chaque jour, rejoint Y. et N. C'est le temps ordinaire des commentaires:

- … « Tiens, Untel n'est pas là !

- Il est blessé ?

- Non, il est au repos.

- P…, X a la chasuble rouge…Il ne va pas le faire jouer d'entrée….

- Alors là, je comprends pas…

Une heure après que le dernier joueur ait rejoint les vestiaires, ils continuent leur parlotte, refont le 15 de départ, débattent et préparent déjà la saison prochaine : «Pourquoi laissent-ils partir T.S ? Il est si gentil ! Et si bon ! Il paraît que L.M arrive ! Pourvu que J.M reste ! et K.K ? …

Ils se renvoient espérances et inquiétudes, s'emmêlent dans les certitudes et les interrogations, mais n'abdiqueront jamais : le SUA est leur seconde famille et parfois la première !

Invité par Christophe Vindis dans le cadre du tournage « Un club, Un siècle, une saison », Franco Zani a pris place exceptionnellement le long des mains courantes de la tribune Ferrasse. C'est un grand honneur de lui être présenté. Ma génération a vécu dans l'admiration de ce superbe numéro huit venu d'Italie pour remporter 3 Brennus (1962-1965-1966). J'ai du mal en présence d'une idole de ma jeunesse, à cacher mon émotion et je crois que si Christophe n'avait tenu à nous mettre en rapport, je n'aurais jamais osé l'aborder : ce joueur magnifique mariait si bien l'esthétisme et l'efficacité. Aujourd'hui, il a 70 ans, mais ne cherchez pas de cheveux blancs, de rides ravageuses ou l'embonpoint gagnant. Franco est toujours élégant. Notre discussion s'étire, crochète, délaisse les souvenirs pour ne s'intéresser qu'au présent : SUA ? ATR ? Maillots mandarine ? Redressement ? Qualification ? Demain ? On est loin de ces anciens internationaux ne vivant que dans leur passé : pourtant j'aurais aimé entendre des récits sur ces matchs que ma mémoire idéalise, principalement cette finale magique de 62 contre Béziers quand, après avoir souffert mille morts, les Agenais, cornaqués par Lacroix – Quel duel de coqs, de Pierre et de 9 avec Danos ! – s'imposèrent grâce à un essai splendide et contesté de Serge Méricq. Pour moi, c'est une des plus belles finales de l'Histoire de notre rugby : les Languedociens arc-boutés sur leur pack et leurs buteurs, âpres, rugueux, rigoureux. Les futurs champions mobiles, créateurs, audacieux, agenais… ! J'espère que j'aurais l'occasion de retrouver Franco pour évoquer ce match. Il paraîtrait que les images TV ont disparu des archives de l'INA !

Jeudi 29 mai

C'est un autre temps, un autre rugby peut-être mais toujours le rugby, c'est à dire une histoire d'hommes qui se rencontrent, se rejoignent, se jaugent, se déçoivent, s'apprécient, s'estiment divorcent, se retrouvent : 5 autour d'une table de la mer, dans un salon retiré, à l'écart des indiscrets, car le plus célèbre d'entre nous ne peut s'exposer sans être sollicité par une caméra, un stylo, une poignée de main. Pour lui, l'heure est à la satisfaction : pari gagné, objectif atteint mais, déjà demain arrive et quand on porte son renom, nécessité d'anticiper, de préparer des saisons encore meilleures, la course insatiable à la réussite. Rien ne peut nous réunir, même pas le respect ou l'amitié que nous nous portons. Il aime le homard et je préfère le bulot, tout ça pour faire court ; on pourrait parler de Ferrari et de 2CV, de recrues du bout du monde et de Centre de Formation, de jeu déployé et de mauls pénétrants, de paillettes et de cambouis, de lumière et d'ombre, d'exploits individuels et de combat collectif. C'est certainement lui qui a raison dans l'approche du rugby actuel et sa part belle au « Je ».

Texto d'une amie : « Qui a dit : « Le rugby est un jeu où le je est interdit ? » Part belle au rêve. Qui a dit : « Il ne voulait plus vivre sa vie ; il voulait vivre ses rêves » ? Chef d'une entreprise florissante et donc vainqueur dans son milieu professionnel, il s'est lancé dans une autre aventure, elle aussi tracée dans son enfance par les cris d'un public qui le fascinait. Il a conquis une ville qui, pendant un mandat, avait marginalisé encore davantage les siens. Il s'en souvient ; c'est sa blessure ! Il aurait pu partir, filer comme les grands à Paris mais il est resté pour combattre la « bête immonde ». Après quelques errements, il a quand même compris que le rugby était parfois aussi compliqué que la politique : croche-pattes, coups bas, fourchettes…Nos routes ne s'accorderont pas : il va trop vite, trop loin pour u petit paysan du Gers. Je lui souhaite beaucoup de bonheur pour la saison prochaine, mais lui ne saura jamais l'importance d'une pause au pied du Chêne de Theux ou celle d'un coucher de soleil depuis le Pech de Berre, sur le Confluent.

Dimanche 1er juin

Retour de la TV pour notre match contre Grenoble. On ne peut pas dire que les caméras nous réussissent cette saison ! Rappel du Racing et du Stade Montois. De plus, arrivée pour commenter de Laurent Rodriguez, comme pour le Racing Métro. Superstitieux -jamais 2 sans 3 – je crains le pire d'autant que je redoute le jeu bien léché des Isérois. Les évènements me donnent raison : nous bafouillons nos lancements en multipliant les en-avant tandis que, comme prévu, les ailiers adverses nous en font voir de toutes les couleurs. A 12 à 10, Sylvain Mirande sauve miraculeusement notre ligne ; heureusement, sous la pluie revenue, un bel essai collectif nous rassure en partie. Hier au soir, Lyon a tombé largement Toulon dérouté par son titre et Narbonne a tiré son coup d'envoi directement au plus haut des tribunes, comme dans le bon (?) vieux temps. Vendredi, Auch a inscrit deux beaux essais à l'Usap grâce à deux passes décisives de Raphaël Bastide. On me dit que mon fidèle capitaine rejoindrait son ami Jérôme Gendre à l4Isle Jourdain en Fédérale 2 : les arbitres de cette division ne vont pas s'ennuyer ! Habas a battu Monfort : André Boniface doit gémir tandis que le Saous doit crépiter de joie. Jacky et le Tony carillonnent.

En cette fin de journée, les auscitains sont nombreux autour de la buvette d'Armandie : presque une 3ème mi-temps sous le soleil un tant soit peu revenu. Normal, il ne pleut jamais sur un Gersois. Amitiés de Gilles Cassagne et ses beaux parents du France, le souvenir d'un toucher de Noël à Lombez pour Alain ; accolade avec mon ami Bruno qui me joint chaque samedi soir pour me donner le résultat de son cher FCG. Je pense ce club sur la bonne voie, à la fois modeste et ambitieux, bâtissant sur le dur et sur le temps dans le sillage d'un Président moins excité que certains de ses prédécesseurs. De notre côté, la fête est en partie gâchée par la blessure de Mathieu : après deux années de galères et des débuts difficiles cette même saison, il était devenu l'incontestable meneur de jeu de notre formation. Son regain de forme a coincidé avec notre retour vers les premiers rangs : je crains beaucoup son absence à Louis Vuillermet. A Max le Tenace de prendre le relais. Dans la soirée, M.Z, le Grenoblois de M.O, se fend d'un texto de félicitations. Enfin un journaliste « sportif » !

Jeudi 5 juin

C'est un château authentique : un païen peut aimer les églises et un « anar » peut aimer les châteaux ! Celui-là est un peu spécial puisque, son seigneur en 1789, s'était refusé à émigrer, avait choisi le camp des révolutionnaires et n'avait donc reçu aucun outrage de la part de ces derniers. Par la suite, seul le temps s'était acharné pour le mettre à mal. En 1992, un nouveau propriétaire, mon hôte, ce soir, s'est lancé dans la restauration, on pourrait dire plutôt dans la reconstruction. Le néo-seigneur est presque gersois et tout à fait de sang bleu puisqu'il a été élu à trois reprises roi des menteurs de Moncrabeau. Dans la grande salle du bas, une exposition de peintures et pour demain, la préparation d'un concert de jazz. A l'étage, longue vue sur les collines de Bazens ; nous nous retrouvons une douzaine d'horizons divers, d'âge mur certes mais la langue bien pendue, l'oeil encore vert, bon appétit, gosier en pente douce : le vin d'ici s'apprécie. Un fil bleu : le SUA. Je n'arrive toujours pas à ne plus m'étonner de la passion que suscite le club ! La lecture du livre du Centenaire me l'explique en partie : un siècle de succès et de personnages hors du commun. Pendant 80', nous avons refait l'équipe actuelle et préparé la prochaine, sans oublier d'évoquer glorieusement le passé ! C'était formidable parce que telle discussion entre passionnés aurait pu être orageuse or elle est toujours restée courtoise, mieux, calme et sereine, malgré la disparité des avis. Quand nous en avons eu assez de refaire le monde ovale, notre hôte, bien aidé par deux ou trois assistants, a multiplié les histoires cocasses et coquines. Nous avons même fini sur Internet à la recherche de Carla Bruni assise sur un air de Brassens : un peu compliqué ? Retrouvez moi la discrète cuisinière...

La bonne chère, et le bon vin autorisaient bien de semblables détours. Tard dans la nuit, au moment des adieux, j'ai cru voir l'église d'un petit village illuminée comme une cathédrale. J'exagère ? Toujours le bon vin ! Bien mieux, c'est si bon, un moment de bonheur !

Vendredi 6 juin

Un moment de bonheur ? J'ai oublié de vous parler de ma voisine. Lundi, elle arrive, la chevelure bardée de red locks, presque méconnaissable, mais encore plus belle. Je m'inquiète :

- « Combien de temps pour un tel chef d'oeuvre ?

-J'ai commencé ce matin à 9 heures et j'ai terminé à 17 heures, ce soir !

Je redouble d'inquiétude : « Et la cuisine ? Et la vaisselle ? »

Décidément, c'est comme avec mon hôte du 29 mai, je préfère qu'on ne fasse pas ménage ensemble !

Dimanche 8 juin

Dans ce match décisif pour la qualification, match qu'il suffisait de perdre de moins de 8 points, l'équipe confirme son manque de fraîcheur physique entraperçu contre Tarbes, aggravé le 1er juin contre Grenoble. Matthieu Barrau n'est pas là non plus pour soulager Jérôme Miquel, Peïo Som malgré la fracture de 3 apophyses ( !) doit suppléer en 6 et au capitanat Jean Monribot. Fabrice Culine revient après 1 mois d'absence et un pouce encore meurtri : Sylvain Dupuy retrouve le groupe à la suite d'une blessure de plus de 3 mois.

Les 37 printemps de Jérémy Tomuli sont fatigués et Anthony Vigna souffre d'une tendinite chronique au genou. Ne parlons pas de la seconde ligne usée par les rencontres multipliées, de l'ouvreur sous pression continuelle, de l'arrière touché aux adducteurs…Quand une formation déjà fragile, soumise à des exigences de résultats immédiats parvient lasse au match capital, elle s'énerve, oublie les soutiens, loupe touches et mêlées….perd son rugby ! Cette saison se termine dans le brouillon…comme elle avait commencé. C'est un échec et dans ces cas-là, il faut casser les larmes et préparer vite la suite…

La suite ?
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Ven 27 Juin - 12:41

Lundi 9 juin

Lendemain de match encore plus morose que la soirée lyonnaise. Comment a-t-on pu être si mauvais ? Une nuit entière à cauchemarder éveillé : plaquages manqués, pénalités encaissées, coups de pied dévissés, mêlées chahutées, lancements isolés... Aujourd'hui, des envies d'îles désertes, de Sahara, de Groenland, et d'Amazonie... même pas la force d'affronter le chêne de Theux... Tout vous insupporte ; la main tendue, le coup de fil amical, la tape dans le dos augmentent même votre énervement. Des excès de misanthropie qui vous rangent - un temps - dans le camp de G.B. Shaw : "Je n'ai jamais admiré le courage des dompteurs : dans une cage, ils sont à l'abri des hommes."

La vidéo conforte l'accablement. Comment a-t-on pu produire cet ersatz de rugby ? Certes, je n'ai pas oublié les spectacles affligeants de Narbonne, Blagnac, Limoges... mais la copie rendue hier est encore plus méprisable. Comment un groupe aussi serein, aussi uni, aussi collectif à Colombes, peut-il, trois semaines après, manquer le rendez-vous le plus important de la saison ! Comment peut-on se détruire, se faire si mal, se saborder ? Dans la haine qui vous bouffe, vous en viendriez à suspecter certains de prestations volontairement négatives. Pourtant, je sais que ce n'est pas vrai et que j'ai dans la composition de l'équipe et dans la conduite stratégique du match, une lourde part de responsabilité.

Au fond du seau un jour, je sais ma faculté à relever rapidement la tête dès le lendemain : les red-locks de ma voisine, un magret du... Gers dans l'assiette, un verre de Duras ou de Buzet et tout repart... Le texto de mon ami des Landes, par ailleurs malheureux de la défaite des siens, me rend le sourire : "Double cauchemar cette nuit : Sarkozy m'étreignait dans ses bras et X. –un de mes joueurs – te remettait son maillot du match."

Un peu d'humour - cette politesse du désespoir - et me voilà fin prêt pour aborder le mardi.

Mardi 10 juin

Comme si de rien n'était - saison terminée - le staff médical pointe à dix heures. A part Thomas Soucaze, grosse béquille sur le genou, il n'y a pas eu de blessés à Louis Vuillermet - sans commentaire - l'occasion de faire un point sur les activités de mes toubibs. Avec eux, j'avoue que j'ai passé des moments très agréables et je regretterai beaucoup si l'un d'entre eux se retirait tant j'ai apprécié leur compagnie bienveillante pendant la saison. Je me souviens les avoir un peu effrayés quand lors d'un des matchs amicaux de début de saison, je les avais houspillés parce qu'ils s'étaient fait ravir le banc de touche par mes anciens amis auscitains. Je voulais leur montrer qu'un territoire devait se respecter et donc d'abord être défendu. Maintenant que je connais leur doigté et leur savoir-vivre, je comprends qu'ils aient été choqués - un temps - par ma violente diatribe. Le trio médical m'a marqué d'abord par sa culture, sa passion pour les mêlées et pour... le SUA, son dévouement, sa compétence et son incommensurable patience. Mes proches savent le peu de respect que j'ai pour la médecine en général, la faute à un excellent professeur de français qui m'a trop fait aimer Molière en 4ème. Depuis le "Malade imaginaire", je me suis méfié de tous les bistouris et de tous les diagnostics. Certes, ma confiance dans les toubibs du SUA ne va pas jusqu'à me laisser soigner par eux mais j'ai - c'est le plus important - la certitude d'avoir gagné trois amis sûrs supplémentaires et l'amitié pour guérir vaut tous les suppositoires des disciples d'Hippocrate.

Et puisque je les considère tous les trois comme des amis, je vais les taquiner un peu. Martial, c'est le Monsieur de Lucette ; je lui décernerai la pomme de l'élégance, toujours chic jusqu'au pli du pantalon, fossettes et lunettes classe, yeux coquins ; seule la chevelure par grand vent se permet quelques excentricités. Un peu "bourge" quand même comme un bon socialiste qu'il est !

Christian, c'est le Monsieur des Capelains, petit prince d'un pays qu'il estime majuscule ; la pomme de la sagesse pourtant ; calme, imperturbable, philosophe même s'il croit parfois que la Lède est plus large que la Garonne. Il est vrai que ses juniors sont champions de France Balandrade et que ses seniors disputent la demi-finale de Promotion Honneur dimanche, à Valras, contre Echirolles ! Lacapelle-Biron, 450 habitants ! De quoi faire monter le petit maire sur ses ergots.

Laurent, c'est le Monsieur de son fils, talonneur des minimes du SUA, futur Swarzewski dont il occupe le poste, détient la chevelure et s'efforce de dépenser la même énergie. Pour lui, la pomme de la culture, du moins la culture historique : un amoureux de Clio qui me donne souvent des complexes quant à mes connaissances dans ce domaine. Politologue aussi, qui n'oublie jamais de me rappeler quelques heures sombres du parti que j'affectionne. A part ça, plutôt mal fringué, chemise négligée toujours par-dessus le pantalon, jamais rasé, l'aspect d'un qui aurait dormi sous le pont-canal, de beaux yeux quand même, l'humour malicieux, jamais agressif.

Au bout de cette année sportive rocambolesque, je tiens à louer l'œuvre exceptionnelle accomplie par ces trois hommes. Heureusement qu'ils étaient là pour m'aider à surmonter les tangages d'un bateau parfois ivre.

Mercedi 11 juin

Le Gers bien sûr et même la Vallée de la Save, un peu oubliée depuis quelque temps. Un orage violent a frappé Lombez et épargné Samatan. Le Prince noir avait fait exactement le contraire au XIVème siècle ! TF1, France 2 et 3 ont déplacé leurs caméras pour filmer les dégâts. Une de mes anciennes élèves témoigne longuement sur la petite lucarne. Vélo sur les coteaux : Montangat, St-Soulan... pas possible, ils ont durci les côtes !

Visite à Leny, 21 mois. Hier, il a mordu son copain de pension parce que celui-ci avait dansé avec Emma, sa copine ! Ça promet ! Avec plaisir, je constate qu'il joue avec un ballon du SUA ; avec dépit, j'apprends qu'il a regardé le match de Lyon à la TV et qu'il a reconnu son grand-père furieux ! Avec colère, je constate qu'il ne sait faire que des passes de basket ! Et son père qui en rigole !

Jeudi 12 juin

Long conciliabule à trois ; la volonté de se rapprocher. De mon côté, le désir de rester au SUA et surtout celui de démontrer que je peux faire mieux. Que mes amis se rassurent : je refuserai de monter au fond du car. Je veux bien concéder mais je ne reculerai pas.

Vendredi 13 juin

Le feu sur les épaules et le pif. Le soleil de Gruissan bien caché derrière les nuages ne m'a pas manqué malgré ses apparitions sporadiques. Festival de BD au Palais des Congrès, exposition d'artistes locaux sous le petit bois de l'étang, tournoi de vétérans - près de 300 participants - sur le terrain de foot : on ne s'ennuie jamais dans la ville de Didier Codorniou.

Samedi 14 juin

Multiplex rugby depuis le café de la Paix au vieux village. Aimé Giral et Sapiac grondent : leurs favoris souffrent sur leurs prés. Les montalbanais sont menés à la mi-temps 14 à 0 ! Ils regagnent les vestiaires sous les lazzis. Pour rassurer les joueurs actuels, qu'ils sachent que pour mon premier match en septembre 68, sous les couleurs vert et noir, nous avions perdu à domicile contre la modeste mais vaillante équipe de St-Claude, cornaquée par un formidable numéro huit, sauteur, buteur, Roland Crancée. Au coup de sifflet final, nous n'avions pas été seulement hués mais les plus vindicatifs de nos supporters nous avaient abondamment crachés dessus ! 40 ans déjà !

Seconde période, copie inverse : en Catalogne, Tuilagi charge comme Joffre à la Marne et le Parisien recule. Dans le Tarn et Garonne, l'Albigeois met genou à terre et celui qui sifflait tout à l'heure, applaudit des 4 membres ! Une pensée pour Fauqué qui méritait une autre sortie après tout ce qu'il a donné pour ce club. Garcia ne m'a pas semblé participer à la fête. Il aurait mérité d'en être ! Ce petit Audrain formé au pays de Molière a de sacrés appuis.

Auch n'a pas fini victorieux : c'est long, c'est dur le Top 14 quand on dispose de si peu de moyens. Joie d'avoir aperçu leur maul pénétrant, avants et trois quarts mêlés. Rogne à cause de cet essai concédé sur une attaque suicidaire. Dernier Moulias pour Raphaël Bastide et Brice Salobert, pour d'autres aussi, Pascal Idieder, Antoine Battut... Les deux premiers étaient mes fils de rugby.

De cette saison très lourde, pot de terre contre pots de fer, il restera cette victoire historique contre le Stade Français, historique car je suis sûr qu'à moins d'une manne céleste, jamais le FCAG ne pourra plus battre les Parisiens. Attention à la D2 : elle est sauvage pour les clubs qui descendent.
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mar 8 Juil - 11:25

Samedi 28 juin

"ET OMAR LES A TUER"

Bien sûr que les notes positives, les 5 étoiles, l'oscar du meilleur homme sur le terrain, le micro de "la guille" et les compliments de Pascale... n'ont pas été pour lui, même si Pierre-Laurent Gou a la délicatesse de lui tirer son chapeau et de qualifier d'apothéose sa dernière sortie, même si Grégory Letort qui s'y connaît en mêlées tordues se fend d'un "adieu au Roi", même si Patrick Derewiany nous fait grâce d'une belle photo, gueule ouverte de ténor, yeux féroces de puma et index rageur de vainqueur. A 37 ans bien remplis, après une saison plutôt dans l'ombre, Omar profitant du mal au dos de son concurrent italien, nous est revenu pleine lumière dans l'incandescente soirée dionysienne.

C'est en décembre 98 que Jacques Fouroux, jamais à cours de piliers, après avoir marqué Scelzo , nous a gâtés en faisant venir dans le Gers, le droitier de Tucuman ; Tucuman , je revois les grimaces exaltées et les épaules trépidantes du "Petit Caporal" quand il nous racontait les bouillonnements de la "Bajadita" : "pieds inversés..., tu ne talonnes pas..., secondes lignes bras liés à l'extérieur des fesses des piliers, flankers attachés aux bras extérieurs de ceux-ci... Omar, montre-leur." Et comme Omar encore trop timide, sans un mot de Français sur la langue, ne se montrait pas suffisamment enthousiaste à son goût, Jacques prenait l'un d'entre nous comme vis-à-vis et nous imposait toute l'énergie de son corps de convaincu.

Au F.C.Auch, à l'époque plus Armagnac que Gers, nous entamions notre première saison chez les Pros – 24 clubs –. Notre dernière recrue n'arrivait pas directement d'Argentine ; son périple professionnel l'avait conduit en Australie chez les A.C.T puis en Nouvelle-Zélande, à Wellington. Cet ancien ¾ centre, des photos de lui prises sur ses 18 ans le montraient relativement frêle, avait appris là-bas des comportements de haut niveau que les Français, dans leur ensemble ignoraient encore. Côté escalier monumental et d'Artagnan nous étions encore plus en retard à l'image des deux enfants du pays, deux surdoués, Grégory Patat de Bassoues et Jérôme Baradat de Nogaro. Le Café 12 et le Darolles abritaient des 3emes mi-temps d'une envergure bien supérieure aux deux premières. D'ailleurs à l'époque, même le staff : Roland - bravo Colomiers – Gérard pourtant instituteur, Philippe de Vic Fezensac – devinez le programme – et moi-même, nous n'hésitions pas à monter sur les tables des bars les plus "chauds" de la ville. Tous nos joueurs étant pluri actifs nous nous entraînions un peu le mardi et un peu le mercredi, plus doucement le vendredi, toujours le soir, sous les projecteurs bien pâles de Rive-Droite. Et voilà que nous arrive un vrai pro, un Argentin qui ne sait boire que de l'eau, qui réclame une salle de musculation (?) pour chaque matin, qui après chaque entraînement, installe plots et haies sur la piste d'athlétisme pour travailler vitesse explosivité, etc. Stupéfaction d'abord, admiration ensuite et enfin imitation. Bientôt les Thierry, François, Driss, Nicolas, etc. suivent son exemple. Sur le terrain, nous avions déjà une belle mêlée avec Pomes, Marty et Foncek à gauche, Jean-Ba au milieu et Christian à droite. Avec Omar nous n'avons pas été loin d'avoir la meilleure première ligne d'autant que la nouvelle recrue fit rapidement comprendre à Baptiste qu'il lui fallait rester davantage dans la fournaise avant de jouer les voltigeurs. D'ailleurs le SUA à l'époque triomphant suzerain s'empressa de nous les ravir, tous deux, à l'été suivant. Je me souviens entre autres d'un pack de Béziers concassé au Moulias, de Diomandé alors jeune gaucher puni à Kaufman. Quand son pack lui avait donné satisfaction, Omar le récompensait en lui donnant sa voix de baryton et les murs de nos vestiaires se mettaient à trembler.

Samedi soir, j'ai compris dès son entrée sur la pelouse, poings et dents serrés, qu'il serait à l'apogée. Des signes ne trompent pas : juste avant le coup d'envoi, Kelleher est venu le prendre dans ses bras. Byron en formidable demi de mêlée qu'il est, ne s'est pas trompé : il sait bien qu'à son poste, on ne peut se faire la belle que si le côté droit avance. A la fin du match seul le numéro 3 sera porté en triomphe : Albacete et Basualdo les compatriotes, le hisseront sur leurs épaules admiratives. A peine le temps d'en descendre et Yannick Bru, encore un entraîneur gersois, viendra l'étreindre longuement, le remerciant, en grand connaisseur, pour la prestation fournie. Auparavant Emmanueli – un des meilleurs gauchers de France – n'avait pu lui résister au-delà de l'heure de jeu et le jeune Domingo, en 28 minutes, a sans doute plus appris que dans toute sa carrière. Ecoutez, je crois bien qu'Omar va encore remettre à plus tard sa carrière de chanteur.

Invité avec Elie par le club de Bobigny, nous participons au bonheur des Balbynesiens : deux joueurs formés par eux ont fait partie du camp des vainqueurs ; Yves Donguy élevé dans la cité des étoiles – pas forcément le berceau idéal pour devenir rugbyman – a superbement contré Nalaga et Valentin Courrent, sans doute un peu déçu de ne pas être rentré à la 62eme minute, a inscrit une belle pénalité à la 80eme minute avant de devenir le premier Français Champion d'Angleterre et de... France !

Dimanche 29 juin

C'est sans doute la fatigue de cette longue nuit passée dans une boîte des Champs à refaire le match au milieu des Montferrandais les yeux d'abord humides de larmes puis de houblon – les Parisiennes m'ont paru presque aussi belles que ma voisine – mais cette tour Montparnasse si renommée ne va pas me laisser un souvenir impérissable. Certes, depuis la terrasse, Paris se laisse admirer depuis le Mont Valérien jusqu'au Château de Vincennes en passant par ses sites mondialement connus mais croyez-moi, au Chêne de Theux, vous serez beaucoup mieux. D'abord vous n'aurez pas besoin de vous enfermer dans un ascenseur, même s'il se prétend le plus rapide d'Europe, votre ascension sera gratuite, là-haut, personne ne viendra vous marcher sur les cors et faute de tour Eiffel et d'Arc de Triomphe, vous n'aurez que l'embarras du choix : au sud, le Néouvielle, le Pic du midi et le Balaïtous. Au nord, les vallées des 3 Baïse ; à l'ouest, les coteaux de St-Dode et de Belloc ; à l'Est, ceux de Moncassin et de Miramont d'Astarac ; c'est plus haut, plus loin, plus beau !
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mar 8 Juil - 12:20

Quel régal, quand Henry laisse sourire sa plume..
Quel régal quand lyrique, avec ce petit air de fête qui frôle les vacances, fait bruire les arbres, invente des bonheurs d'images, enfin laisse au fond de sa cuve la saison des frissons..
Quel régal quand les rides rient du mage. Je voulais dire quand les rides du mage rient..
Quelle imagerie quand Theux se fait Epinal..
_________________
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mar 8 Juil - 13:41



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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Ven 18 Juil - 9:09

Jeudi 3 juillet

1200 personnes pour la présentation des trois entraîneurs aux supporters du SUA ! Décidément, ce pays est bien « dingue » de l'ovale, « le Marseille du rugby » me glisse un voisin à qui je viens d'exprimer mon étonnement, mieux, mon admiration. Les questions fusent, laissant percer quelques inquiétudes sur la coexistence du trio : cohabitation ? Coopération ? Collégialité ? Le Président qui n'aime pas faire dans la dentelle, réitère ses propos sur la « Dream Team » : Nous avons un objectif commun : retrouver le Top 14 avant, ou en 2010 et je pense que nous avons, tous les 4, conscience que c'est par l'union que nous y parviendrons. Pour ma part, j'ai su accepter de laisser le terrain à Christian et à Christophe, plus jeunes, plus ouverts, plus « agenais », et je compte bien les soulager de tous les à-côtés qui entravent les processus des entraînements ; j'accomplirai avec passion ma fonction de Directeur-rugby consistant avant tout à suivre la progression des meilleurs jeunes du club, depuis les cadets jusqu'à l'équipe 1. Pour ce faire, je vais m'appuyer sur un groupe d'éducateurs performants et dévoués à la cause du SUA, des gens qui savent placer cette identité bleue et blanc au-dessus de leurs ambitions personnelles. Ce ne sera pas facile ; les tiraillements naîtront ; les persifleurs et les détracteurs n'oublieront pas de viser les failles. A nous de tenir nos engagements et de faire la sourde oreille aux langues vipérines.

Vendredi 4 juillet

Mes amis de Lombez-Samatan-Club n'ont pas oublié de m'avertir : « Il y a un trois-quarts centre exceptionnel en minimes à l'école de rugby. Depuis Joël Dupuy, nous n'avons pas eu le même ! » Les coordonnées tombent aussi vite. Surprise : il est de Simorre ! Simorre, c'est une petite bourgade du canton de Lombez, célèbre par son église fortifiée –allez la visiter – et…ses équipes de football. Le ballon rond est roi dans cette cité et j'ai souvent râlé, entraîneur du LSC, de ne jamais pouvoir découvrir la moindre graine de rugbyman sur ces bords de Gimone. J'envoie mes meilleurs limiers à la chasse de cette perle rare. « Recruter un minime ! », j'entends d'ici les sarcasmes et c'est vrai, que dans notre dérive vers le football, cette démarche peut sembler inconvenante. Pourtant ? C'est la réalité pure, dure, logique du professionnalisme. Dans l'après-midi, j'apprends la mauvaise nouvelle : le « solitaire » de Simorre a signé au Stade Toulousain ; il évoluera, la saison prochaine, en cadets et sera entraîné par…Joël Dupuy ! J'en suis très heureux.

Samedi 5 juillet

Depuis hier, nous sommes une quinzaine à nous retrouver à l'Hôtel Sabrina de Super-Besse. Le stage –le 15ème de rang- a connu ses heures de gloire dans les années 90 : une quarantaine de participants, la plupart de haut vol, des intervenants de la plus haute qualité : Berbizier, Saisset, Villepreux –ordre alphabétique ! - …Depuis la tournée en Nouvelle-Zélande en 2004 – ma seule absence –trop d'avion- notre nombre s'est considérablement restreint mais je n'en reste pas moins fidèle à ce formidable rendez-vous de l'amitié. Il y a là Loulou, redoutable play-boy malgré la soixantaine bien sonnée, aux succès féminins plus nombreux que ceux acquis sur les terrains de rugby ; Christian, ancien pilier redouté des poêles des Alpes, imperturbable malgré les coquineries que les « petits » lui infligent ; Claude, notre homme de couleur, plus élégant tu meurs, ivoirien, normand, savoyard et maintenant suisse ! Pierre, Belge ! –comment peut-on jouer au rugby en Belgique ? – fonctionnaire de la Commission Européenne et donc meilleur défenseur du thon rouge que de la ligne d'avantage ; Christophe, le Gersois, formé en tant que coach au LSC, passé ensuite par Mauvezin, l'Isle-Jourdain et maintenant responsable de l'AS Fleurance, chère à Michel Courtès et Pierre Zachariades : Quels derbies puisque le LSC, l'USL et l'ASF seront dans la même poule ; Didier, 30 ans de Vitry, passé depuis 3 saisons au prestigieux Racing-Métro, toute la couronne à parcourir, P.B à admirer, le pied de Wisnieski à maudire mais l'espoir retrouvé avec l'arrivée de Jérôme Fillol ; Pascal, si profondément marqué par son éducation creusotine qu'il prend tout au premier degré ce qui lui vaut quelques désagréments de la part du clan des méridionaux ; Bernard enfin, le révolté perpétuel, pourfendeur de moulins à vent, les faux et les …vrais, insoumis éternel –vous devinez les difficultés que cela peut occasionner de nos jours – parti maintenant planter son ovale parmi les betteraves sucrières.

Nous sommes des amis et je me demande parfois si cette amitié si forte pourrait résister à une collaboration quotidienne à l'intérieur d'un club. En attendant, ce soir, ils ont trouvé le moyen de virer mon lit sur la margelle du balcon et de me planquer pantoufles, chaussures de tennis et de ville, crampons…, de quoi circuler en chaussettes pendant deux jours !

Dimanche 6 juillet

Le problème à Besse c'est qu'il pleut toujours ; quand il ne pleut pas, c'est le brouillard et quand vous n'avez ni pluie ni brouillard, et bien, il neige, même en juillet. Jeudi prochain, le Tour de France arrive dans la station. Comment les coureurs vont-ils faire pour ne pas se perdre ? Réception des stagiaires par Monsieur le Maire. Il reste optimiste à l'image de ces Bretons qui pendant une tempête vous proclame : « C'est un petit grain, ça va passer ! ». L'Auvergne, c'est l'A.S.M ! Du mal à encaisser la 9ème finale perdue. La conversation glisse sur les recrues : « Vous nous envoyez deux joueurs de chez vous, Debaty et Mignardi…Comment sont-ils ? Sachez que nous attendons beaucoup d'eux ! »

Pour notre pèlerinage traditionnel à Notre-Dame de Vassivière auprès de la Vierge noire, mes tortionnaires ont daigné me restituer les chaussures de marche. La Vierge leur en saura grâce.

Lundi 7 juillet

Travail sur les nouvelles règles à partir de la vidéo du match de samedi dernier entre les Blacks et les Boks, à Wellington. Tout le monde connaît, par Super 14 interposé, l'essentiel des changements : l'écroulement des mauls, le nombre illimité des joueurs dans l'alignement, les touches rapidement jouées avec possibilité d'une passe vers l'arrière, les lignes de défense et…d'attaque à 5 mètres sur mêlées constituent la base des modifications. La règle de la transformation des coups de pied de pénalité en coups de pied franc sur fautes autres que les hors-jeu et le jeu déloyal ne sera pas appliquée dans notre championnat. Par contre, une passe à un joueur placé dans ses 22 mètres ne permettra plus à celui-ci de dégager directement en touche ; pour le faire, il faudra passer par un plaquage ou un ruck. Sur le premier match des Tri Nations disputé dans le froid et sous la pluie, peu d'enseignements majeurs. Nous attendions des touches rapidement jouées ; il n'y en a eu que deux…et aucune lors de la rencontre de Dunedin du 13 juillet.

Dans l'alignement, rien que du très classique : une seule touche à effectif réduit et pratiquement pas de surnombre défensif. Au stade Carisbrook, Matfield promu capitaine, va rectifier le tir multipliant habilement des touches à 3 et 5, désorientant les hommes de So'oialo qui vont commettre des fautes sanctionnées justement par M. Goddard. L'essai de Pietersen, toujours lors du second test, démontre tout le parti que l'on peut tirer maintenant d'une mêlée à 5 m mais la défense black nous a parue bien naïve sur l'action. Toujours est-il que Peter de Villiers que nous avons bien connu à Samatan, au printemps 1998 –Jantjes et Van Niekerk étaient déjà avec lui – a très bien su préparer ses joueurs aux changements. Maintenant l'exploit de Januarie rappelle qu'en rugby, il y a toujours place pour l'inspiration individuelle.

Mardi 8 Juillet

Joël Dumé vient à notre secours car le groupe commençait à désunir sur l'interprétation de certaines des règles. D'abord en salle, puis sur le terrain, l'ancien n°1 de l'arbitrage français devenu maintenant conseiller dans ce domaine, va réussir, par son savoir, mais surtout par sa pédagogie, à faire taire nos dissensions. Il nous apprendra que sur des mauls, l'écroulement à plusieurs sera autorisé. Même un effondrement avec un seul bras et le corps en opposition au sol sera licite bien que dangereux pour l'auteur. On pourra faire action sur un non-porteur pour effondrer le maul. C'est l'action avec les bras qui est primordiale. Il y aura écran avec les jambes mais ce n'est pas interdit. Par contre, il faudra agir uniquement sur la partie du corps entre les épaules et les hanches. Pas question d'agir sur la tête de l'adversaire ni de soulever un appui au sol. De plus, quand un joueur est au sol, par exemple l'écrouleur, il lui est interdit de jouer. Très important, la règle des 5 secondes disparaît en catégorie A et B et si l'équipe non porteuse se retire du maul, ce dernier continue. De même l'effondrement ne correspondra pas à un arrêt du maul sauf s'il emmène le ballon au sol et le transforme donc en ruck. Par contre, s'il y a désaxage, ce sera un second maul. Il s'agit là des clarifications sur les points 2 et 3. La semaine prochaine, nous irons sur les règles 4 et 5.

Mercredi 9 juillet

J'apprends que le 19 et le 20 juillet, à Gruissan, la plage des Chalets sera le théâtre d'un grand tournoi de Beach Rugby. Des joueurs pros seront de la partie. Je rêve d'une formation auscitaine constituée par Idieder, Menkarska, Marty, Bourrust et Montanella. Attention à vos côtelettes ! Par contre, les journalistes de Midi Olympique formeraient une équipe de haut niveau. La joie de voir Nicolas Augot se prendre pour son beau-frère – Arnaud Mignardi - Nicolas Zanardi prouver qu'un trois-quarts centre peut pousser à Grenoble, Grégory Letort qu'un Agenais peut attraper un ballon et que Marc Duzan démontre qu'on peut jouer derrière à Baïgorry. J'espère que les anciens Verdier, Piquemal, Gonzales et surtout Souquet, leur donneront quelques conseils techniques sinon je crains le pire. De mon côté, bien qu'invité, je ne me déplacerai que si je suis sûr qu'Emilie Dudon et Myriam Périssat soient de la partie. Dans ce cas, je sais que je n'aurai pas tout perdu.

Jeudi 10 juillet

Arrivée du Tour à Super-Besse et grand soleil sur la station ! Hier encore, nous portions le K-way et deux pulls. Aujourd'hui place aux torses nus ! Depuis la veille, quel engouement et quelle fête ! Multitudes de camping-cars, de drapeaux nationaux, d'inscriptions sur la route. C'est toujours la fête. La montée qui nous fait tant souffrir quand nous empruntons des vélos est absorbée pratiquement au sprint par les coureurs pros. Notre auscitain, Portal, souffre mais s'accroche en bon Gersois. De mon côté, profitant d'un moment d'inattention de sa part, j'ai enfermé Pascal dans sa chambre, l'obligeant à regarder l'arrivée du Tour…à la TV. Juste vengeance pour mes pieds meurtris par des marches sans chaussures !

Vendredi 11 juillet

L'Express publie 15 pages sur les Gascons. Notre Gers me parait bien négligé. La Gascogne, c'est quand même, d'abord nous. Les autres ne sont que des périphériques que nous n'avons jamais voulu conquérir et encore moins imiter. Quelques oies de Fleurance, le château de Castelmore et les Romains ( ?) d'Eauze qui étaient avant tout des gaulois sauvent notre orgueil d'autant que le producteur d'Armagnac interrogé se trouve être des Landes ! Heureusement, un vieux paysan de Samatan nous sauve en terrassant Christian Millau : « Ici Monsieur, on ne voudrait pas changer parce que c'est un pays qui a du goût et du coeur…Nous autres, on ne sait pas d'où on vient parce qu'on a toujours été là. « Vivement que les Parisiens du Stade Français viennent se faire étriller une nouvelle fois à Jacques-Fouroux !

Samedi 12 juillet

A propos du Stade Français, Dave Vainqueur va nous quitter pour rejoindre Jean-Bouin et Dominici. Même si, trop souvent blessé, je n'ai guère pu apprécier le joueur, je vais regretter l'homme, simple, sensible, parfois d'un autre monde
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Mer 6 Aoû - 14:54

Mardi 15 juillet

Entraînement de reprise ; les supporters sont là nombreux, les dirigeants un peu moins. Ils sont une bonne quarantaine dont une quinzaine d'Espoirs à reprendre sous les calmes injonctions du nouveau préparateur physique, Alex Desjardin, revenu d'Asie au terme d'une saison réussie auprès des athlètes du sprint féminin vietnamien. Alex est un "baroudeur", ancien CTR d'athlétisme, venu au rugby - premier club, le grand Tulle des années 80 - parti au football - Centre de Formation de l'A.S Cannes et surtout l'équipe Pro de Montpellier pendant 4 saisons, reparti au rugby Brive, Toulon, Bayonne, Béziers... Il a donc de la "bouteille" et n'a pas besoin de froncer les sourcils pour se faire entendre. Entre nous deux, tout s'est immédiatement bien passé : la complicité de l'âge, la similitude de la taille, les mêmes cheveux blanchis sous le harnais, le nomadisme de l'un admiré par le sédentarisme de l'autre... Tout va bien.

Cette semaine, c'est lui qui prend en charge le groupe sous le soleil enfin brûlant de l'Agenais. Bonne ambiance dans la troupe : le Triangle des Bermudes des débuts de la saison passée - Anciens, nouveaux et étrangers - n'est plus d'actualité à l'instar de Monribot, de Narjissi et Basauri, inséparables stimulateurs. Malgré leurs épaules récemment opérées, Barrau et Sola sont sur le pré. Chez les "minots", des noms que les supporters se plaisent à découvrir : Dulin, Gaston, Djebabblah, Bales, Erbani etc... L'esprit est au travail : le SUA ne peut plus se permettre de tergiverser. Un ami, mieux, un frère, après m'avoir interrogé sur mes fonctions nouvelles s'exclame : "Comment, tu ne vas plus sur le terrain ?" Je lui fais remarquer que, la saison dernière, l'âge quasi canonique aidant, je m'en étais déjà en partie écarté. Ensuite, j'ai très envie de m'occuper de toutes ces tâches qui correspondent aux activités du manager : liens avec le Centre de Formation et l'Association, harmonisation des différents staffs de l'équipe Pro, relations avec les arbitres et les équipes adverses, recrutement futur et enfin "bras gauche" du Président... Le "frère" insiste : "Tu sais bien que tu ne peux pas rester assis dans un bureau, qu'il te faut bouger, crier, saisir un ballon..." Je lui réponds : "J'ai changé de V.T.T, le nouveau ira plus loin. J'ai retrouvé la vieille Prince qui sommeillait depuis 15 ans au grenier et j'ai bien l'intention de ne pas me laisser malmener par Gilles, Stéphane, Thomas, et Pierre-Henri : enfin le dimanche matin, le petit "toucher" de Francis et Jean-Pierre ne m'échappera plus... De quoi m'endormir tôt, seul, bien sûr..."

Mercredi 16 juillet

Avec Christian, longue réunion sur les nouvelles règles. La semaine dernière nous avons parlé du maul. La possibilité de l'écrouler va t-il le faire disparaître ? Le match du 19 juillet entre les Australiens et les Springboks -pas un maul pendant les 80 minutes - peut donner une réponse mais nous pensons qu'en France, on sera vite capable de s'organiser pour conserver cette phase de jeu même si cette activité sera réduite. Aujourd'hui, place à la touche. D'abord on pourra jouer cette dernière rapidement grâce à une passe vers l'arrière, ce qui était quand même en partie toléré les saisons précédentes. Lors de Tri-Nations, il n'y a eu que très peu d'utilisation de cette nouvelle possibilité : une à deux fois par match. Par contre, on sent les équipes très motivées pour défendre avec hâte sur cette phase : Steyn s'en est rendu compte ! Un rappel important : pour qu'une touche ne puisse être jouée rapidement, il faut qu'un alignement soit constitué par deux joueurs de l'équipe opposante mais aussi par deux joueurs de l'équipe qui lance. Comme le lanceur peut se promener entre l'endroit où il réceptionne le ballon, l'endroit où le ballon est sorti et qu'il peut également reculer tant qu'il veut le long de la ligne de touche, voilà tout un espace que les adversaires se doivent de maîtriser. Autre paramètre important que les arbitres surveilleront car, jusqu'ici, ils faisaient preuve d'un certain laxisme dans ce domaine : les joueurs placés devant le botteur doivent s'arrêter et ne peuvent avancer que lorsque le ballon a franchi la ligne de touche ; ils doivent faire même une action de repli s'ils se trouvent à moins de 10 mètres du point de sortie. Il n'est pas question non plus d'empêcher le réceptionneur de jouer rapidement en se trouvant dans les 5 mètres pour le gêner. Rappelons qu'il faut utiliser le ballon qui était en jeu et que ce dernier ne peut pas avoir été manipulé par une autre personne que le lanceur. Je sais déjà un stade où les ramasseurs de balle seront forcément motivés pour opérer en trouble-fête sur leur piste d'athlétisme ! Une particularité : un joueur plaqué et expédié en touche avec le ballon ne peut empêcher un adversaire de saisir l'ovale pour jouer rapidement.

La semaine prochaine, nous aborderons les différents composants de l'alignement.

Jeudi 17 juillet

Ce petit Ricco qui nous avait tant séduit lors de l'ascension de Super-Besse a donc quitté Lavelanet et le Tour entre les pattes des gendarmes. Nous avions bien aimé son coup de rein, son visage d'ange et sa langue acide. Il nous aura bien trompé avec cette Cera, EPO retard. Dans notre milieu de l'ovale, personne ne nous trompe t-il ?

Si les médias se sont régalé au sujet de Riccardo Ricco, ils ont vite oublié Eric Jardin, ce simple professeur d'histoire et géographie qui n'a pu supporté d'avoir conduit, bien involontairement, sept de ses élèves à la mort, lors de la sortie scolaire de fin d'année. Comme beaucoup des "profs" de France, il aimait encore plus ses élèves que lui-même et il laisse pourtant deux petites filles qu'il devait chérir encore plus. C'est une histoire terrible. Combien de chefs militaires se sont-ils suicidés parce qu'ils avaient mené leurs hommes vers le destin funeste ?

Vendredi 18 juillet

La voie verte, direction les cheminées de Golfech. J'avoue que je ne me lasse pas de parcourir, une fois côté levant, une autre côté couchant, les bords du canal : un martin-pêcheur, un héron, une libellule, une péniche, une vedette, un aviron, un cycliste, une joggeuse aux belles cuisses : les mêmes lieux mais des spectacles infinis. A l'aire de saint-Jean de Thurac, le panneau indicateur annonce Saint-Romain à 3 kms. Céline, la cheville ouvrière de l'A.S. Romaintoise m'a parlé à deux reprises du club dont elle est fière et Jacky Laurans, le Président du Comité Périgord-Agenais m'a raconté qu'il avait sa licence... là-bas, je sais maintenant que c'est... là-haut. Pour les trois kilomètres, je soupçonne les services de l'équipement de nous "blouser" : la pente, le soleil et les vieilles jambes m'ont fait trouver la distance bien plus longue ! A la vue du clocher de cette belle église du XVIème, en mon for intérieur, je me suis imaginé assis, dans 5 minutes, à la terrasse du café siège de l'A.S R dégustant la bière si méritée. Or, Saint-Romain le Noble en plus de l'édifice religieux, c'est une mairie, une école, deux maisons, et... un terrain de rugby ! Admirable : comment font-ils pour entretenir une équipe ? Dans le passé, j'avais connu le M.U.R de Frégonville cher aux frères Idrac et à leur splendide présidente mais c'était Versailles à côté d'ici. J'imagine le dévouement, la solidarité, la volonté de ces dirigeants et je pense, presque avec colère, à mon pays de Mirande, sous préfecture, incapable d'avoir sa propre équipe, obligé de se tourner vers les voisins Miélanais ! je crois bien qu'un soir d'automne, j'essaierai de conduire là-haut les pros du SUA, pour un entraînement décentralisé : une façon de leur rappeler que ce sont les petits clubs qui font les grands joueurs.

Samedi 19 juillet

Les grands joueurs, ils sont sur la pelouse d'Armandie ce soir. Les dirigeants du SUA football n'ont pas agi dans la demie mesure en s'attachant la venue de l'Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux. Seule l'aile gauche de la Tribune Basquet recèle quelques vides : 12000 spectateurs dont quelques rugbyphiles. Pour m'aider dans l'approche de l'événement, j'ai la chance d'avoir Alex sur le siège voisin. Sur les bancs Eric Gerets et Laurent Blanc ; sur la pelouse, les Ramé, Gourcuff, Diawara, Chamack (enfant d'Aiguillon) d'un côté, Mandanda, Ben Arfa, Cissé et Niang de l'autre. Curieusement, à deux pas de Bordeaux, ce sont les supporters phocéens qui sont les plus nombreux. Sont-ce eux qui ont déclenché la triste bagarre générale qui a opposé un peu avant le coup d'envoi une bonne cinquantaine de personnes autour de la buvette côté nouvelle tribune ? Un épiphénomène sans doute puisque la presse a oublié d'en parler alors que des enfants se trouvaient à proximité et qu'il fallut une intervention musclée non seulement des vigiles mais aussi des policiers agenais. Pour le reste, il faut rendre hommage aux organisateurs pour une manifestation réussie si ce n'est "l' incident" relaté ci-dessus. Pourtant, de mon côté, je suis rentré bien dubitatif : pourvu que notre rugby ne tombe pas dans l'idolâtrie de la vedette que j'ai ressenti tout au long de la soirée, même si notre sport a besoin, lui aussi, de grands joueurs pour attirer des licenciés et....des spectateurs !

Dimanche 20 juillet

La rumeur circulait depuis quelques jours et, ce matin, elle est confirmée : le Football club auscitain Gers sera le premier visiteur d'Armandie, le 6 septembre. Notre trésorier se frotte les mains car il sait que la Tribune Basquet ne connaîtra ce soir-là, aucun vide. De mon côté, j'ai pensé que la Ligue, soucieuse de m'expédier à la retraite, voulait organiser... mon jubilé ! Je sais que les Gersois tenaient leur première réunion de la saison aujourd'hui, "Au coin du feu" et je devine aisément l'unique sujet de conversation de leur après-midi. Certes, les Barcella, Idieder, Sentous, Tchale-watchou, Bontinck , Battut, Fonua, Salobert, Brana, Tidjini, Edmond-Samuel, Olivier, Pesteil... sont partis mais le réservoir des Espoirs auscitains est riche et quelques recrues bien choisies seront de la partie. D'ores et déjà, pour ce déplacement, je les imagine, les traits tirés, les dents serrées, cheveux en épis, au départ du car, devant l'antre du Bourrec. Pour une fois, Roger n'aura pas besoin du G.P.S, et Monique n'aura pas le temps de se disputer avec lui. Pendant le court trajet, Jacques pourra fulminer tout son saoul contre la désignation de l'arbitre et Alain racontera une nouvelle fois sa participation à l'arrestation de l'ennemi numéro 1 des années 80. Au fond du bus, les petits jeunes : Alexandre, Pierre, Julien, Frédéric... vont se "remonter" comme au bon temps des juniors. Les "vieux" Tau, Stephan le capitaine, Titi, Fred, habitués des grands rendez-vous auront quand même du mal à cacher leur fébrilité ; jusqu'ici, le derby, c'était le TPR et la Bigorre, maintenant c'est Agen et le Lot-et-Garonne. Après le donjon de Sainte-Mère, ils seront en terre ennemie. Il ne m'étonnerait pas que, comme lors de moments importants, le Président du Conseil Général, guide et mascotte du club, prenne place parmi eux. A l'arrivée, je les vois déjà s'énerver : Roger va manquer la rue Lavoisier et franchira difficilement l'étroite grille derrière Armandie, Monique va enfin pouvoir lui crier dessus ; l'infernal trio médical Jean-Paul, Pierre et Jacques - déjà un carton rouge en 2005 - toisera ses vis à vis trop polis, trop gentils. Même mon ami Momo va râler parce qu'il va trouver qu'on lui fait gravir trop de marches pour installer sa vidéo ; Jacques s'énervera en remplissant la feuille de match car je lui laisserai une table bancale ; Nicolas rouspètera car il n'aura que deux "Gilbert" trop usés et les clubs amis ne lui laisseront qu'une partie de l'en-but.

Ce ne sera pas une rencontre facile : dans un derby, le terrain n'a pas d'importance. Même ma voisine est en danger ; elle n'est pas du tout sûre d'être la reine d'Armandie, ce soir-là : les filles du Gers non seulement sont très belles mais elles sont également très solides !

P.S : Je cherche en vain sur les journaux spécialisés les résultats du rugby Beach de Gruissan : l'équipe du M.O malgré les maladresses des deux Nicolas, (comment peut-on s'appeler Nicolas en 2008 ?) les mauvaises passes de Gregory et les absences défensives d'Emmanuel.

Dernier renseignement : Quelles étaient, d'Emilie et de Myriam, les tenues vestimentaires ?
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Jeu 14 Aoû - 12:10

Vendredi 1er août

Nous voici sur le point de clore notre stage en Carladez – un temps, aux XVIIème et XVIIIème siècles, fief des Princes de Monaco : une compensation de Louis XIII ! Entre les entraînements bi-quotidiens, les nombreuses séances vidéo, les réunions techniques, les recommandations sur les rapports humains, les approfondissements sur les nouvelles règles et les discussions sans fin et sans garantie sur la dure saison en perspective, j'ai à peine eu un moment pour poser mes crampons dans les ruelles de Mur de Barrez, le chef-lieu de canton. Le nom de cette bourgade avait tintinnabulé dans mes esgourdes à la fin des années 60 quand, jeune enseignant, jeune marié et jeune papa, un pince sans rire, responsable de cette immense Académie de Toulouse m'avait annoncé fraîchement : "Vous allez être nommé à Mur de Barrez..." et devant mon incrédulité, il avait cru bon d'ajouter : "Vous ne connaissez pas ? Votre savoir de professeur de géographie me semble bien limité : le creux de la Bromme, les toits d'ardoise, l'hiver sec et rigoureux..."

Aujourd'hui, le soleil de juillet m'a peut-être trompé mais je trouve la région très belle et je crois bien que je me serais plu dans ce mini-collège qui jouxte le coquet stade où le SUA a travaillé longuement gammes et jambes et je suis sûr que j'aurais fait planter des poteaux de rugby ne serait-ce que pour concurrencer le clocher de l'église Saint Thomas de Canterbury : notre Aliénor d'Aquitaine étendait sa suzeraineté jusqu'ici !

Toujours est-il que nous avons passé un bien agréable séjour dans cette contrée avec, comme point d'orgue, une soirée communautaire dans un burron, face au Plomb du Cantal, partageant tripoux, aligots, fouaces, farçons, tomme et cèpes. De quoi ronfler lourdement dans les draps d'Azureva, petit paradis sur la colline chevelue, domaine de Maître Jean-Marc, patron taillé comme un deuxième ligne, l'oeil brillant de l'ouvreur, infatigable comme un flanker, la gueule d'un demi de mêlée et la poésie de ces ailiers de mon enfance plus occupés par les belles des tribunes que par la circulation du ballon.

Séjour sans faute ; rassurons les supporters : les excès alimentaires n'ont concerné que l'encadrement ; les joueurs n'ont vu que passer les plats, se contentant de grillades et d'eau plate. Rage de dents pour le jeune Château-Raynaud, deux points de suture sur le crâne de Machkhaneli, Anthony Vigna a subi sans dommage les séances d'Alex et le tandem Christian-Christophe a pu approfondir les arcanes du mouvement général. Pour ma part, un de mes joueurs préférés – il n'y a que les vôtres qui vous connaissent et qui... vous punissent – me voyant, dans une des belles après-midi, sieste en cours, torse nu, vautré dans le pâturage comme une vache cantalienne, a goguenardé : "Henry vient enfin de trouver sa place dans le système !"

Retour par Entraygues et Espalion ; sur les rives du Lot, l'imposant château d'Estaing repris en main par cet ancien Président de la République qui "voulait regarder la France dans les yeux" mais qui, dans les petits matins de Dutronc ne voyait pas les camions de lait de la capitale. Aujourd'hui, on peut passer sans manquer son écrasant manoir !

Samedi 2 août

Comme prévu, après leur déroute de Sydney, les Blacks surmotivés, haka virulent, n'ont laissé aucune chance à leurs vainqueurs du week end précédent. A la décharge de ces derniers, l'absence de Rocky Elsom – des airs de Chavet – si perforant dans le jeu, si performant en touche – Waugh n'est pas un bon complément de Smit - et la blessure d'Ashley Cooper si efficace au pied et si souverain sur les balles aériennes. Ajoutons la fatigue accumulée lors des deux rencontres précédentes – la loi des trois matchs justement soulignée par Thomas Lombard si judicieux dans son rôle de consultant – et nous avons l'explication de la Bérézina des Wallabies. Côté nouvelles règles, en contre, grâce à la mise en place d'un bloc fixe et de deux blocs mobiles, les Néo-Zélandais ont considérablement gêné les Australiens et leur talonneur Moore pourtant efficace, jusque là, dans son rôle de lanceur, les vainqueurs ont copié l'alignement adverse en plaçant huit joueurs en touches, le demi de mêlée étant le premier de l'alignement faisant office parfois de leurre, souvent de relayeur très mobile – il me semble souvent partir avant le lancer du talonneur - et même parfois de capteur, à la limite des cinq mètres. Les Blacks ont essayé de renouveler l'expérience de la touche à 4, les Wallabies restant sept plus un réceptionnaire à deux mètres. Pour l'instant, les touches à effectif réduit semblent vouées à l'échec et seuls les Springboks grâce à la qualité des prises de Matfield paraissent pouvoir perpétuer cette forme de jeu. Côté pénal-touche, j'attends avec impatience l'équipe utilisatrice qui tentera de placer plus de dix joueurs "mouillant" enfin des trois quarts dans les chaleurs du maul. Ce ne sera pas une découverte : Ringeval et les Grenoblois exerçaient ainsi, il y a plus de dix ans.

A propos du passé, j'ai revu récemment de longs extraits de la finale 62 entre le SUA et l'ASB. Quel régal ! Passes redoublées, art du surnombre, coups de pied de recentrage, volonté de créer, suspense, etc... Avec l'aide de Pierre Lacroix, je recherche des images de celle de 1959 entre le Racing et le Stade Montois. J'en garde un souvenir d'autant plus ému que, dans ma campagne gersoise, il s'agit de la première finale retransmise par la T.V. Les postes étaient très rares à l'époque et je me souviens que nous étions pas loin d'une centaine de téléspectateurs novices, dans le bar-épicerie de Labéjan, tenu par les parents Roucau, pour assister à la retransmission. Je revois avec émotion Moncla, l'épaule démontée, Paillassa également blessé, le Racing à 13 contre 15 – pas de remplaçants autorisés - gagner dans la douleur, Arnaud Marque-Suzaa ayant fait sauter toutes les tentatives des frères Boniface. Un très beau souvenir même si mon ami Pierrot n'a pas le même sentiment.

Lundi 4 août

Le SUA retrouve Armandie et ses fidèles supporters sevrés de rugby pour cause de stage. Brommat a laissé quelques traces dans les organismes mais les plus costauds sont sur le pré : "Pompom Vigna", santé recouvrée, resplendit. J'ai découvert un autre point de convergence avec notre nouveau préparateur physique ; lui aussi, adore les citations : proverbes, sentences et maximes... Ses origines asiatiques et son dernier séjour au Vietnam le marquent. Cette semaine, il va largement dominer nos débats avec dans l'ordre : "Parler ne fait pas cuire le riz " puis "...Ce n'est pas le puits qui est trop profond, c'est la corde qui est trop courte", enfin, le bouquet, "La rose ne pique que celui qui la cueille". Des sujets pour la philo du bac !

Question lecture, j'attaque, cette semaine, le "Rugby : Evolution tactique et stratégique", Editions Cépades 2006, oeuvre de Lionel Girardi, membre de notre staff, responsable du secteur vidéo. Un travail minutieux, quasi exhaustif, où se succèdent approche théorique et approche pratique. Très intéressant. La semaine dernière, pour respirer entre les exigences du stage, j'ai découvert l'humour hyper-grinçant de Jean Teulé dans le "Magasin des suicides" chez Pocket, avril 2008, et j'attends avec impatience de pouvoir lire "Le Montespan", l'histoire revue et corrigée de ce "cocu magnifique" de Louis XIV.

Vendredi 8 août

Enfin le premier match. Depuis la reprise, nous attendions impatiemment ce rendez vous même si nous connaissons les limites de ce type de rencontre. C'est l'U.S. Bergerac qui nous accueille, une USB à la peine en Fédérale 3, à la recherche des gloires du passé, comme beaucoup d'autres clubs de l'hexagone. Pourtant, les installations : tribunes, vestiaires, pelouse, club house... sont dignes de la D2. Un signe : les photos des équipes sur les murs, aucune actuelle, toutes anciennes. Un Président qui me paraît moderne, quelques fidèles autour de lui, me paraissent capables de tourner la page et de mettre en place une autre histoire.

Pique-cailloux – Quel beau nom pour un stade – a l'herbe tendre et le SUA rajeuni – pas loin d'une dizaine de Crabos sur un effectif aligné de 30 joueurs – s'impose 31 à 20, après avoir mené 31-8, soit 5 essais de Lafforgue (2) et Narjissi –les "vieux" ne lâchent rien – Guitoune et Fonua contre 3 essais pour Aurillac. Côté Bleus, des absents pour cause de blessures : Sore, Basauri, Sola, Barrau, Guinazu, Huget, Anton, Ponneau, Chavet, Petre, Ostrikov, Fono, Tiatia... Ouf ! L'arrière fidjien, Rawaka nous rejoindra fin août. Côté Cantalous, on attend pour lundi, l'arrivée d'un fort contingent sud africain : sept nouveaux... re-ouf !

Une rencontre agréable malgré les approximations logiques. Aurillac a toujours cette habileté pour produire le jeu de mouvement cher au Maître Michel Peuchlestrade, relayé par son neveu. A ce dernier, en plaisantant, je lâche en souriant : "S'il y avait un championnat de France de Rugby à 7, vous auriez le Bouclier." Thierry, qui a beaucoup d'humour, fait quand même la moue sous le compliment.

Les supporters agenais n'ont pas manqué de se rendre en nombre en Dordogne. Arbitrage vif du jeune Grellety, espoir du Périgord-Agenais.

Samedi 9 août

Dans mon immeuble, et ce n'est pas parce que j'y habite, c'est plutôt la grâce attirante de ma voisine, les joueurs s'installent de plus en plus nombreux. Ce matin, je croise dans l'escalier le solide pilier géorgien Anton en train d'aider le seconde ligne russe Andreï dans son aménagement. Au bout de l'Europe, pour l'Ossétie du Sud, leurs deux nations retrouvent les chars et les bombes. Eux restent les meilleurs amis du monde !

L'Afrique du Sud explose des Argentins fatigués et au banc trop limité. La trop nette supériorité – sur cette rencontre - des Springboks ne permet pas de tirer des enseignements significatifs sur l'application des nouvelles règles. La pénalité infligée à Van Der Linden par Mr Barnes sur une mêlée à 5 mètres me fait crier d'indignation !

Retour dans le Gers. Le journal local continue de montrer les Auscitains se tortillant dans les pneus des tracteurs, tractant les blocs de béton, découvrant le winch... J'ai une pensée pour Grégory Patat : depuis Miélan, il doit sourire : il l'a échappé belle !

Dimanche 10 août

A propos de Grégory Patat, j'apprends que son voisin, Jean-Louis Darré, mon ancien talonneur de l'USAM, devenu éleveur de toros dans la propriété familiale de Bars, a triomphé, par ses bêtes interposées, aux corridas de Vic-Fezensac, vendredi soir. A plusieurs reprises, Jean-Louis en me faisant visiter son élevage m'a relaté sa passion et m'a confié ses espérances. Je comprends son bonheur d'aujourd'hui. On associe souvent corrida et rugby : les aficionados de l'une étant souvent des amateurs de l'autre. De mon côté, une seule expérience de spectateur – j'avais 12 ans - a suffi pour me décourager. Cela ne m'empêche pas d'apprécier beaucoup Jean-louis.
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Hugo32
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MessageSujet: Re: La chronique d’Henry   Lun 25 Aoû - 10:40

Mardi 12 août

Soirée fraîche sur Monflanquin ; presque jour pour jour, un an après, je retrouve "Janouille" dit "La Fripouille" faisant découvrir aux touristes – ils sont une bonne centaine, ce soir – les cornières, les carrerots et les échoppes de la bastide d'Alphonse de Poitiers. Un magicien que l'on croirait anglais –l'humour ! – et qui n'est qu'allemand – comme quoi ! – accompagne le maître de céans. Des figurants de la cité – gueux, guet, ribaudes, moines – font cortège dans cette cavalcade pédestre qui s'esbaudit dans une leçon d'histoire plus agréable que celles que je dispensais à mes élèves du collège de Samatan. Jacky, inaltérable supporter du SUA, fait partie de la compagnie et use de son gabarit respectable pour impressionner les âmes sensibles des belles étrangères. Soirée agréable terminée dans l'estaminet du Président du club de Monflanquin : revue de l'effectif local 2008-2009, inquiétudes financières devant les déplacements de la Fédérale 3, questionnement sur les ambitions agenaises, etc... etc... Un bon moment lui aussi même si le mélange hypocras-bière n'est pas recommandable.

Mercredi 13 août

Dans ces "nouvelles règles", la principale innovation est bien cette nouvelle ligne des 5 mètres de part et d'autre de la mêlée. Cet espace d'environ 16 mètres de large doit permettre de nouveaux comportements offensifs et défensifs. Pour le moment, dans les Tri-Nations, il semble bien que ce soit surtout dans le domaine de l'organisation défensive que l'on ait planché, surtout côté australien avec Burgess, le numéro 9 placé dans l'axe de sa mêlée et vigilant des deux côtés de celle-ci quand il est dans son camp, et plutôt suivant la progression quand il se trouve dans les 30 mètres adverses afin de harceler, soit le n°8, soit l'autre 9, soit le 10. Incontestablement, les demis vont devenir – c'était déjà le cas pour le 10 – de gros mais aussi d'habiles opposants. En attaque, les bonnes mêlées seront encore plus avantagées. D'abord parce qu'une bonne poussée dans l'axe obligera la défense à reculer et donc à jouer sur les talons. Ensuite une rotation vers la gauche ou la droite ouvrira encore davantage le champ de l'offensive. Mêlée forte mais aussi mêlée technique : une sortie rapide grâce à un talonnage efficace entre les pieds des deux secondes lignes, un troisième ligne centre décalé entre le 6 et le 4 et une passe de ce 8 vers un 12 lancé à pleine vitesse, au ras de la mêlée, permettra de jouer au-delà de la ligne d'avantage en avançant. Autres changements prévisibles : pour se dégager, on n'aura plus besoin de construire un ruck avant d'expédier le ballon au numéro 10 responsable du tir. Une simple passe du 9 vers son partenaire suffira : comment pourra t-on le contrer ? Idem pour les tentatives de drop : les droitiers vont se régaler. En fait, on s'aperçoit que le jeu au pied sera encore plus avantagé par la règle que le jeu à la main.

Les arbitres auront intérêt à s'appuyer sur leurs juges de touche : certes il leur faudra surveiller les troisième ligne et les 9 – c'était le cas auparavant - mais aussi les 10 et tous les ¾ y compris les attaquants car ces derniers, normalement, ne pourront eux aussi, pénétrer dans leur zone des 5 mètres que lorsque le ballon sera sorti de la mêlée. A ce sujet, la position des épaules du numéro 8 attaquant sera à surveiller de très près. Leur "décollement" sera le signal de la fin de la mêlée.

Dans l'après-midi, conversation avec un journaliste d'origine agenaise qui me déclare : "J'ai stupéfié les Montferrandais en leur disant que c'était le SUA qui les avait battus lors de la dernière finale." Incrédulité de ma part et il ajoute : "Je leur ai dit que si le SUA n'était pas descendu, Kelleher n'aurait pas signé au Stade Toulousain et l'ASM aurait gagné le match !"

Au pays des pruneaux, on est vraiment impayable ! Toujours est-il qu'avec ces nouvelles règles, Byron sera encore plus énorme la saison prochaine.

Jeudi 14 août

18 heures ; je revois le Moulias – pardon, le Jacques Fouroux – 15 mois plus tard ; changement radical des tribunes d'honneur et marathon : sièges refaits à neuf, couleurs chatoyantes ; côté ouest, nouvelle tribune. Bernard Laffitte me présente les transformations des vestiaires auscitains. Organisation professionnelle. Mon bon vieux Moulias a fait peau neuve et changé de statut. Pourtant, ce sont les mêmes employés municipaux qui m'accueillent avec le sourire ! Peut-être ont-ils oublié la pression que je leur imposais parce que je trouvais que le stade n'était pas ouvert assez tôt, les lignes insuffisamment visibles, l'herbe trop haute, parce que dans les tribunes populaires, des bancs étaient cassés ou bien que des pointes dépassaient des sièges, etc... Ne parlons pas de la guerre pour la tenue des toilettes... En 9 ans, le Moulias était devenu presque ma propriété : J'y arrivais le matin 8 heures pour en repartir en soirée, parfois après minuit ; le vaillant "Momo", "Momo" le fidèle m'y tenait compagnie et nous jouions au premier arrivé et au dernier parti. Je crois bien que si je lui avais demandé de m'aménager un coin de nuit, il l'aurait fait et j'aurais quitté la rue Albert Schweitzer où j'avais remplacé les 208 centimètres de Pruvois de Forville, vous savez celui dont l'ancêtre chouanne avait été guillotiné par les "Bleus".

Sur le terrain, le TPR plus homogène nous mène la vie dure et l'emporte logiquement. Perdre n'est jamais agréable mais perdre sur ses terres l'est encore moins. Un des miens, le lendemain, me glisse au téléphone : "Je ne suis pas venu te voir hier au soir, après la rencontre ; je présume que tu étais furieux". Je n'éprouve même pas le besoin de lui rendre réponse. Un autre, sans humour, me lâche : "Bien joué, vous avez su cacher votre jeu...!"

Toujours est-il que Tarbes a confirmé son succès de Dax. L'équipe de Philippe Bérot, preuve qu'elle a subi peu de changements pendant l'intersaison a de la fluidité dans ses lancements de jeu ; ses touches à 5, avec Karélé déplacé au centre du terrain, permettent des variations intéressantes et Apanui, tant qu'il est resté sur le terrain, a démontré des qualités de botteur – on le savait – mais aussi de passeur ; rentrée "fracassante" du sud-africain Meyer à l'aile gauche en seconde mi-temps : Sofiane s'en souviendra !

Par la suite, Auch a eu du mal à disposer de Colomiers toujours aussi joueur ; très intéressante paire de centres chez les Auscitains : Dulin-Ricaud. Ce dernier capable d'opérer –encore mieux ? - en numéro 8, s'est affiné : voilà le nouveau Bastide du FCAG, l'homme à savoir tout bien faire. Menkarska revient au galop, tous déboires stadistes bus et agressivité de bon ton retrouvée. Tapasu saute toujours sur tout ce qui bouge, tandis que les autres étrangers ne sont pas encore adaptés. Côté la Colombe, un oiseau rare est arrivé à l'aile droite : le fidjien Bakaniceva sera une des attractions de la D2 si les pubs de la Cité Rose le laissent tranquille !

Leny, le petit-fils, n'était pas là. Surveillait-il le terrain de basket d'Ordan-Laroque ? Avait-il présagé la mauvaise humeur de son grand-père ? Le 7 septembre, je l'attends à Armandie, bas et culotte bleus, maillot rouge... ou le contraire !

Samedi 16 août

Tournoi de rugby à 7 à Buzet ; retrouvailles avec Mike Lebel, coach des Espoirs auscitains, L.S.C puis FCAG : une connivence qui date de 1990 accentuée par des liens familiaux ; le "cousin", dis-je parfois, ce qui surprend vu nos couleurs de peau : le "cousin", ce qui avait eu le don d'énerver quelques purs Auscitains quand je l'avais désigné comme capitaine du club préfectoral. Avec lui, quelques anciens élèves du collège Carnot : Delon, Bissuel, Mallaret, Edwards, Millet... Deux matchs âpres – quelques gifles – contre les Espoirs agenais. Ces derniers l'emportent difficilement : "On se retrouvera"... Au moins, le Seven aura connu de l'animation.

Forte impression dégagée par l'équipe féminine de Tunisie : des athlètes et une véritable conception de ce jeu quand même différent du XV ; la demie d'ouverture de Montpellier domine les débats... comme l'an dernier quand elle opérait à La Valette. Contre ces "professionnelles", les filles de l'Entente Duras Aiguillon font le maximum ! leur demi d'ouverture, la larme à l'oeil, me questionne : "Pour combien de temps François Gelez est-il blessé ?"

Dimanche 17 août et mardi 19 août

Toucher Rive Droite avec les Auscitains ; idem deux jours après avec les Agenais, sur l'annexe 2. Des moments de plaisir. Dans le Gers, on capitalise les essais et la victoire est primordiale : Les cheveux blancs de "Pepe" et d'Elie ne veulent rien lâcher et ils râlent après moi, parce que je "pense à l'Agenaise" : "Le score importe peu, c'est la beauté de l'action qui compte !" Bien sûr que je veux les provoquer. Ils ont prévu de rencontrer mes amis du Lot-et-Garonne, le matin du 7 septembre : on jouera d'abord, on boira ensuite, on mangera peut-être et surtout on restera bien campé sur ses positions, dans les tribunes, l'après-midi. Match retour prévu le 17 janvier, Rive Droite, avec repas sous le chapiteau des partenaires. On saura ce jour-là si le Gers se jette dans la Garonne ou le contraire !

Jeudi 21 août

Rendez-vous des entraîneurs pour une session sur l'arbitrage à Marcoussis. Ils sont presque tous là pour écouter religieusement les recommandations de René Hourquet assisté par les anciens Dumé et Robin, les pros Jutge et Berdos, et les jeunes premiers : Gaüzere et Garces. Mieux, les plus grands de nos Présidents se disputent la tribune : Pierre Camou, Président de la FFR, Serge Blanco, Président de la Ligue, Jean-Claude Baqué, Président de la Fira, Jean-Louis Luneau, Président de notre Syndicat sans oublier Jean-Pierre Lux de l'ERC , Marc Lièvremont, Didier Retière et Jo Maso, le trio aux commandes des Coqs. J'ai rarement vu un tel déploiement de sommités et mon étonnement est au sommet quand je vois arriver l'élite de la Presse Française... Nicolas Zanardi en tête. Décidément, ces variantes expérimentales des règles du jeu sont source de motivation. Chacun veut savoir avant même que la saison ne commence quels changements elles vont apporter sur le jeu. Les entraîneurs du TOP 14, en lice une semaine avant la PRO D2, paraissent les plus inquiets, à l'image de Jacques Delmas et de Didier Nourault. Notre Jacques du Gers exilé en pays catalan semble plus décontracté. Mac Kenzie ne pipe mot mais Dominici et Landreau le suppléent. Gaillard nous la joue modeste, Lhermet impénétrable, Catinot malicieux, Thomas Lièvremont hermétique, Crenca taiseux et Novès absent. Chacun prête l'oreille et prépare sa stratégie intérieurement : la première journée sera riche d'enseignements.

Côté D2, Richard Castel, sans doute à cause de sa formation au collège de Sérignan auprès de Néné Camps et de son perfectionnement au sein de l'ASBH auprès d'Olivier Saisset, multiplie les questions sur le règlement. Beaucoup de pertinence du côté du Vendrais. Saisset, Elissalde, Peuchlestrade, j'avoue que le trio me manque : il n'y a plus de prises de bec et plus d'éclats de rire.

Entraîneur, c'est vraiment devenu un métier !
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La chronique d’Henry

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